Politique

Mali : attention fragile !

Hervé Ladsous est le chef du département des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Mis à jour le 25 juillet 2013 à 13:30
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Il y a sept mois, le Mali a frôlé le pire. Partie de ses bases dans le Nord, une alliance de jihadistes armés s’apprêtait à prendre d’assaut Bamako, la capitale. L’enjeu était clair : le contrôle total d’un État affaibli au coeur du Sahel fragilisé. Le risque était grand : la création d’un bastion de déstabilisation aux conséquences désastreuses pour les peuples du Mali, du Sahel et, au-delà, de l’ensemble euro-méditerranéen…

Aujourd’hui, au terme de la campagne militaire menée par la France, le Tchad ainsi que d’autres partenaires africains, le Mali entame sa normalisation. Le 1er juillet, sous l’ardent soleil de Bamako, lors du passage de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali) à la Minusma (Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali), l’ampleur du chemin parcouru en quelques mois n’a échappé à personne. Celle des défis à venir non plus. Le Mali a évité le pire, mais le meilleur reste à construire. Bien que difficiles, les étapes à franchir s’annoncent réalisables.

Pour relever les défis de la stabilisation, le Mali devra négocier avec succès deux rendez-vous majeurs : ses scrutins électoraux (dont le premier, présidentiel, est prévu ce 28 juillet) et la poursuite d’un dialogue politique incluant toutes les parties prenantes. Sur ces deux tableaux, le pays peut compter sur le soutien de la mission de maintien de la paix de l’ONU.

Visiblement, le déficit de gouvernance a été l’un des aspects essentiels de la crise. L’ouverture démocratique entamée en 1992 – et refermée par le coup d’État militaire de mars 2012 – devra de nouveau s’ouvrir. En élisant librement son président, le pays entamera la reconstruction du socle fissuré de sa démocratie.

Pour être crédible, cette élection devra relever le défi de la participation, qui doit être aussi large que possible, en incluant les populations du Nord et de la région sensible de Kidal en particulier. Les efforts accomplis par les autorités maliennes ces dernières semaines vont dans le bon sens. La Minusma et la famille des Nations unies au Mali y contribuent activement. Le calendrier est serré mais pas impossible à tenir.

L’acceptation des résultats renforcerait la légitimité du président et éviterait une crise postélectorale.

Il faudra encore assurer la transparence du processus électoral et réduire ainsi les contestations. L’acceptation des résultats renforcerait la légitimité du président et éviterait une crise postélectorale. Plus que jamais, la responsabilité des autorités et de la classe politique malienne est engagée. Le succès dépend en grande partie de ces acteurs.

C’est encore aux mêmes qu’incombe la responsabilité du dialogue politique national. La crise a aggravé les antagonismes politiques, révélé d’anciennes fractures communautaires et exposé l’absence de l’État sur de vastes régions. Les Maliens sont les premiers à s’accorder sur la nécessité d’aborder ces questions dans un esprit de dialogue et d’ouverture. Ils pourront compter sur le soutien des Nations unies et de la communauté internationale.

La signature à Ouagadougou, au Burkina Faso, de l’accord préliminaire sur Kidal entre les autorités et deux groupes rebelles, est un premier pas, mais également un test. Sa mise en oeuvre peut servir d’indicateur et de modèle pour la suite. Là aussi le défi est de taille, mais pas insurmontable. Le Mali devra poursuivre un dialogue politique pour éviter de retomber dans les crises d’antan. L’appui et ­l’expertise de la famille de l’ONU lui sont assurés.

Ce soutien au processus électoral ainsi qu’aux efforts de dialogue est au coeur du mandat de la Minusma. Il est l’aune à laquelle la contribution de nos Casques bleus sera jugée. Mais, au maintien de la paix, nous savons d’expérience que nos soldats ne sont véritablement utiles que lorsque leur travail se situe dans un cadre politique accepté par tous.

La communauté internationale, qui est venue au secours du peuple malien en danger doit rester attentive à ses progrès. Au risque de leurs vies, nos soldats de la paix sont aux côtés du Mali.