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Cet article est issu du dossier «Un autre Maroc ?»

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Cinéma

Maroc : prêts pour la révolution culturelle

Par Nabil Ayouch

La culture n’est pas une marchandise comme une autre. Elle ne demande pas non plus à être sacralisée. Elle demande qu’on la protège et qu’on lui donne les moyens de se déployer. Cela passe par une vraie vision de son développement que peu de pays – à quelques exceptions près, comme la France – ont porté dans l’histoire contemporaine. Même s’il faut reconnaître que le Maroc est bien mieux loti que ses voisins, il ne fait pas exception à la règle. Les raisons sont toujours les mêmes depuis soixante ans : les préoccupations de l’État et des partis politiques sont ailleurs. Très clairement, la culture n’a jamais été une priorité. Les ministres qui se sont succédé n’ont rien pu y changer tant leur marge de manoeuvre et leurs budgets étaient faibles. Seul le cinéma, qui depuis une trentaine d’années dispose d’un fonds d’aide à la production, vient de recevoir d’autres subventions destinées aux salles. C’est aussi l’unique secteur qui ne dépend pas du ministère de la Culture, mais de celui de la Communication…

Souvent la culture a été perçue comme un divertissement et les artistes comme des amuseurs envers lesquels il faut faire oeuvre de charité. Pourtant, nous n’avons jamais demandé l’aumône. Nous demandons que l’État joue son rôle. Qu’il reconnaisse que la culture est un ciment de notre identité, qu’elle nous aide à nous définir et à nous réunir, que les arts doivent faire partie intégrante de l’éducation d’un enfant dès son plus jeune âge et être enseignés à l’école, que les artistes ont droit à un véritable statut et à une protection sociale, que la liberté d’expression ne se marchande pas. Les hommes politiques qui, l’an dernier, ont osé prôner « un art propre » doivent se souvenir qu’il n’existe aucun art sale. Notre diversité est forte. Ses racines sont ancrées dans notre histoire, dans les brassages de populations et les grandes vagues d’immigration qui font le Maroc d’aujourd’hui.

L’an dernier, un collectif d’artistes venus de tous horizons, et dont je fais partie, a décidé de prendre en main son destin. Nous nous sommes réunis à Casablanca et avons élaboré une plateforme de 80 propositions, regroupées dans un livre blanc. L’initiative est intéressante car elle est spontanée et n’a d’autre but que d’interpeller les pouvoirs publics. Ce livre englobe l’ensemble des problématiques liées à notre domaine et propose des solutions qui ne grèvent pas le budget de l’État. C’est là leur originalité.

Rapprocher la culture du citoyen

Nous avons été reçus par le chef du gouvernement, qui a eu une oreille extrêmement attentive. Fait suffisamment rare pour être souligné. Seulement, cette réunion n’a été suivie d’aucun effet et le ministère continue à travailler seul, sans associer les principaux intéressés. Ce qui est regrettable car aucun pays désireux de bâtir une véritable politique culturelle ne peut se passer de la vision des professionnels. Il serait dangereux de passer d’une phase d’indifférence envers la culture à une période où ses intérêts seraient discutés en haut lieu, en secret et de manière unilatérale.

Devenue un puissant levier de développement économique à travers le monde, elle est génératrice d’emploi. Elle permet d’attirer des visiteurs par millions et est devenue l’une des armes majeures de demain car, en ces temps de crise, elle rapporte aux États et aux citoyens bien plus qu’elle ne leur coûte. Des initiatives telles que le Forum d’Avignon l’ont prouvé. Un pays ne peut se passer d’une politique culturelle dotée de solides moyens. Elle doit se sédentariser et être accessible à tous. Les arts et l’éducation sont la seule alternative à la violence, ne l’oublions pas.

Je crois en l’avenir. La dynamique que connaît le royaume depuis une quinzaine d’années est très forte. Les créateurs s’expriment dans le théâtre, la musique, le cinéma, la danse, la chanson, les arts plastiques, la littérature, avec beaucoup plus de liberté et d’exigence qu’ils ne l’ont jamais fait. Le Maroc est prêt pour cette révolution. Il a tous les atouts pour cela. Il doit en être convaincu et accompagner ce mouvement en mettant au point une politique qui rapproche définitivement la culture du citoyen.

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