Culture

L’Afrique côté off

En marge de la sélection principale, le festival donne la parole aux artistes du continent, dans toute leur diversité.

Par - Amélie Riberolle, à Avignon
Mis à jour le 19 juillet 2013 à 17:37

Les murs, les arbres, les grilles ont revêtu leur costume d’affiches sur papier cartonné. Si cela ne suffit pas à attirer votre attention, quand ils ne jouent pas, les comédiens vous abordent, qui en vers qui en chanson, qui à vélo qui sur un piano roulant, pour vous inviter à voir l’un des 1 258 spectacles joués cette année. On peut aussi se frayer un chemin dans ce joyeux dédale en feuilletant le programme, de près de 400 pages… Au fil des pages, l’Afrique.

Brûlante quand la compagnie franco-algérienne El Ajouad se penche sur les immolations par le feu qui ravagent les corps avec End/Igné, une création d’après un texte de Mustapha Benfodil, « convaincu que le théâtre a aussi pour boulot de dire le monde ». Avec cynisme et poésie. Douloureuse dans Leave to Live, une pièce écrite par Mualu Muela, qui se demande comment un homme, ex-enfant-soldat au Congo, peut sortir du champ de bataille qu’est sa mémoire.

Humour et musique font réflechir

L’Afrique investit également le champ de l’humour. Dans Afrika mon pays arc-en-ciel, au Théâtre des Béliers, Éric Bouvron, trublion franco-grec (« version chocolat blanc »), rend hommage à l’Afrique du Sud qui l’a vu grandir, avec son complice le percussionniste et comédien débonnaire Mathos, dans une mise en scène de l’humoriste Sophie Forte. Elles font rire aussi, les Afropéennes de Léonora Miano ! Eva Doumbia met en scène quatre copines, autoproclamées les Bigger Than Life, et leurs plus ou moins grands soucis (capillaires y compris), dessinant en filigrane un portrait subtil de la femme noire dans l’Europe d’aujourd’hui. Un portrait également conté et dansé dans Hééé Mariamou. Cette comédie satirique de Maïmouna Coulibaly évoque, entre coupé-décalé et ndombolo, le quotidien de Mariamou, une adolescente de la « deuxième génération d’immigrés », vivant en banlieue parisienne, ballottée entre deux cultures.

Et puisque tous les genres sont permis à Avignon, l’Afrique se dit aussi en musique, comme dans les chansons de la Suisse Noga et du musicien d’origine camerounaise Patrick Bebey (fils du célèbre chanteur et musicien camerounais Francis Bebey). Au piano, à la sanza ou à la flûte pygmée, en français, en anglais, en hébreu, ces deux-là chantent la liberté. Slam, ­poésie, théâtre et musique se mêlent dans Ave Césaire, adaptation multiforme du recueil A.D.N. (Afriques diaspora négritude) du Camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, peut-être la meilleure expression de cette Afrique plurielle et de sa place dans le monde et dans le théâtre aujourd’hui. Celle qui sera célébrée lors du bal africain qui clôturera le off le 30 juillet.

Le conte est bon

  C’est peut-être la plus belle des caravanes qui se soit posée à Avignon. Sept gamins vêtus de jaune soleil (et deux vieux loups rompus aux joies du théâtre, Patrice Toton et Souleman Laly), disent la parole des sages, dans une langue rythmée par leur énergie contagieuse. Les Mille et Une Nuits béninoises sont l’aboutissement du projet un peu fou de Martine Macé, une psychologue française vivant à Porto-Novo, qui, depuis deux ans, avec son association Graines d’espérance, se démène pour sauvegarder ce patrimoine oral. Junior, Mirabelle, Prudence et les autres ont la voix forte et le geste ample. Ils content à tour de rôle, se relançant énergiquement, dans un jeu où celui qui parle a besoin de celui qui écoute. Ils parlent de bébé guerrier et de royaume des animaux. « Une seule main ne peut applaudir », dit Patrice. Le public, debout, frappe des deux mains.