Société

Jeûne du ramadan : les conseils du professeur Edmond Bertrand

Le professeur Edmond Bertrand donne des conseils pour que le jeûne du Ramadan se passe le mieux possible, sans mettre en péril sa santé.

Mis à jour le 19 juillet 2013 à 17:28
Edmond Bertrand

Par Edmond Bertrand

Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan, membre correspondant de l’Académie française de médecine

Le jeûne du ramadan ne doit pas mettre en danger la santé du croyant. Raison pour laquelle il est nécessaire de le reporter en cas de maladie aiguë. Pour les affections chroniques, il faut au préalable consulter un médecin ; il évaluera l’état du malade et les possibilités d’adapter son traitement (symposiums de Casablanca 1997 et d’Abou Dhabi 2010), notamment en cas de diabète, d’hypertension, d’insuffisances cardiaque, rénale ou pulmonaire, d’ulcère d’estomac, d’épilepsie, d’asthme, mais aussi de drépanocytose, de thalassémie, de colite, de goutte ou de colique néphrétique. La fixation à l’avance de la date du jeûne facilite la préparation médicale.

Au cours du jeûne, surtout les dix premiers jours, des maux de tête sont fréquents ; on les attribue à un manque de sucre dans le sang (hypoglycémie) ou à l’arrêt brutal d’une consommation importante de café. Des troubles digestifs souvent gênants (constipation, nausées, gaz) peuvent survenir, ainsi que des troubles du sommeil pour lesquels la prise de somnifères est déconseillée. Une hygiène de vie correcte réduit ces désagréments.

Une alimentation adaptée favorise, elle, l’observance du ramadan. Ainsi, la rupture du jeûne permet de se réhydrater avec des boissons tièdes (eau, lait, soupe) et de se « resucrer » avec des sucres « rapides » (dattes, miel, confiture). Environ deux heures après cette rupture, un repas équilibré doit comporter viande blanche ou poisson, légumes, pain, crêpes, lentilles ou pois chiches, fruits. Quant au repas de l’aube, il aide à constituer des réserves avec des sucres « lents » (semoule, crêpes, céréales, pain) et de l’eau en petites prises fréquentes (thé léger ou café). Enfin, entre ces repas, il faut ménager au moins quatre heures de sommeil continu que complétera si possible une sieste dans la journée. Une activité physique comme la marche est nécessaire. Le ramadan peut en outre être une motivation pour un arrêt définitif du tabac. En revanche, fumer dès la rupture du jeûne favorise l’infarctus du myocarde.

Chez une personne en bonne santé, on attribue au jeûne un regain de forme physique et psychologique. Cependant, le docteur néerlandais d’origine marocaine Mohammed Alabdooni remarque qu’on ne dispose pas d’étude scientifique sur ces effets liés en partie à l’hygiène de vie observée pendant le jeûne. Ainsi, la perte de poids est souvent l’un des effets favorables observés ; mais les excès alimentaires nocturnes conduisent fréquemment au contraire à une prise de poids. Comme souvent, le pire n’est pas loin du meilleur.