Droits de l’homme

Samantha Power en première ligne à l’ONU

Samantha Power devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, le 17 juillet. © Karen bleier/AFP

Journaliste et pasionaria des droits de l´homme, Samantha Power dénonçait l´inaction des politiques face aux génocides. Dès sa confirmation par le Sénat comme ambassadrice à l´ONU, ce sera à elle de jouer.

Pressentie pour devenir l´ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Samantha Power, 42 ans, connaît mieux que personne le sens de l´injonction « plus jamais ça ! » rituellement lancée après un génocide : elle en a fait le leitmotiv de toute sa vie.

Née en Irlande, où sa mère était championne de squash, cette rousse flamboyante s´est installée aux États-Unis avec sa famille à l´âge de 9 ans. Elle devient vite une fan des Red Sox, l´équipe de baseball de Boston, entreprend une carrière de journaliste et, en 1993, est chargée de couvrir la guerre dans les Balkans. Elle a 23 ans, sa vie bascule.

Dans cette Europe où, après la Seconde Guerre mondiale, de telles atrocités étaient censées être proscrites à jamais, elle est confrontée à l´horreur. À Srebrenica notamment, 8 000 musulmans sont massacrés par les Serbes de Bosnie… En 2002, hantée par cet épisode, cette diplômée de Yale écrit un livre, A Problem from Hell, récompensé par le prix Pulitzer, dans lequel elle dénonce la frilosité des États-Unis face aux génocides. Que ce soit au Cambodge, en Bosnie ou, bien sûr, au Rwanda. Ainsi, pendant les trois mois que dura le génocide des Tutsis, l´administration Clinton ne consacra à la tragédie aucune réunion de haut niveau… Le livre s´ouvre d´ailleurs sur les vains efforts de l´ambassadeur américain en Turquie, en 1915, pour tenter de mettre un terme au génocide des Arméniens. En 2004, elle fut aussi l´une des premières journalistes à couvrir le nettoyage ethnique au Soudan. Partie du Tchad, elle parvint à gagner les zones du Darfour tenues par les rebelles…

Une conseillère des droits de l’homme écoutée par Barack Obama

Mariée depuis 2008 à un professeur de droit, Samantha Power est désormais à la place de ceux dont elle fustigeait naguère l´inaction : elle est depuis 2009 la conseillère pour les droits de l´homme du président Obama. Après l´avoir débarquée un peu brutalement de son staff de campagne en 2008 – n´avait-elle pas qualifié Hillary Clinton de « monstre » ? -, ce dernier est résolu à en faire son ambassadrice à l´ONU, en remplacement de Susan Rice, nommée conseillère pour la sécurité nationale.

Indiscutablement, Power a l´oreille du président. Aux côtés de Rice et de Clinton, elle est par exemple parvenue à le convaincre d´intervenir en Libye, en 2011. Puis de créer un Bureau pour la prévention du génocide et des atrocités criminelles, qui se réunit une fois par mois à la Maison Blanche. C´est ce bureau qui a notamment incité Obama à évoquer avec Thein Sein, le président birman, les persécutions qui se multiplient dans son pays contre les musulmans. Et à renforcer la traque de l´Ougandais Joseph Kony, chef sanguinaire de l´Armée de résistance du Seigneur.

Si elle est confirmée par le Sénat, cette passionaria des droits humains va donc se retrouver propulsée en première ligne. Notamment en Syrie, où la guerre civile a déjà fait plus de 100 000 morts, et où, plus qu´ailleurs, rôdent les spectres du Rwanda et de la Bosnie. Pour l´instant, elle s´est abstenue de s´exprimer publiquement, ce qui, sans doute, reflète le malaise qui prévaut à la Maison Blanche à ce propos. L´administration s´est récemment résolue à acheminer des armes aux rebelles, mais semble avoir renoncé à toute intervention d´envergure. Le Pentagone vient d´ailleurs d´exposer devant le Congrès le coût – exorbitant – de toutes les options envisagées en Syrie : formation des rebelles, zone de non-survol, frappes aériennes, etc. Power, qui en 2003 s´était opposée à la guerre en Irak, saura-t-elle faire bouger les lignes au Conseil de sécurité, toujours paralysé par les veto russe et chinois ?

Elle devra en tout cas se familiariser avec les moeurs policées de la diplomatie. Lors de son audition au Sénat, Power a affirmé son intention de combattre la mise au pas de la société civile dans certains pays comme le Venezuela, suscitant aussitôt l´ire du président Nicolás Maduro et portant un coup d´arrêt au timide réchauffement des relations entre les deux pays. Pour madame l´ambassadrice, c´est un autre métier qui rentre.

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