Politique

Tunisie – Karim Guellaty : « Kaïs Saïed a créé une attente qui sera déçue »

Alors que la polémique enfle sur une éventuelle manipulation des résultats du référendum sur le projet de nouvelle Constitution, les partenaires internationaux de la Tunisie s’inquiètent d’une sortie du processus démocratique. Le point avec Karim Guellaty.

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Par - à Tunis
Mis à jour le 28 juillet 2022 à 14:06

TUNISIA-CONSTITUTION-REFERENDUM-VOTE A handout picture provided by the Tunisian presidency press service shows President Kais Saied celebrating with his supporters on Habib Bourguiba Avenue in the capital Tunis on July 26, 2022 after the projected outcome was announced. – Saied celebrated the almost certain victory of the « yes » vote in a referendum on a new constitution that strengthens the powers of the head of state and risks the return of authoritarian rule in the birthplace of the Arab Spring. Tunisia’s ISIE electoral commission said that initial figures showed at least 27.5 percent of 9.3 million registered voters had cast ballots in a poll on a new constitution © Tunisian Presidency/AFP

L’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution tunisienne le 25 juillet n’en finit pas de provoquer des remous. L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) porte à 30,5 % le taux de participation initialement annoncé à 27,4 % et donne ainsi plus de poids aux 94,6 % ayant approuvé le projet présidentiel. Mais les résultats préliminaires officiels font l’objet de doutes en raison de nombreuses anomalies relevées.

Pour certaines circonscriptions, le nombre de votants est ainsi plus élevé que les inscrits… « Il n’y a pas de concordance pour 25 centres de vote sur 33 », résume l’ONG anticorruption  I Watch. Mais le processus référendaire a été verrouillé de manière telle qu’un recours est quasiment impossible. Une entorse à la transparence électorale qui attise la crise politique interne et écorne un peu plus l’image de la Tunisie à l’international.

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Si aucun pays arabe n’a présenté ses félicitations au président tunisien, moins de 48 heures après le scrutin, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ned Price, tout comme le Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité Josep Borrell, ainsi que le Royaume-Uni, ont affirmé leur soutien au peuple tunisien mais également exhorté les autorités à une démarche inclusive pour préserver les acquis démocratiques.

Cette position est reprise, le 27 juillet devant le Sénat américain par Joey R. Hood, nouvel ambassadeur des États-Unis en Tunisie, qui relève que les « actions du président Kaïs Saïed soulèvent des questions » et précise que « les relations bilatérales américano-tunisiennes sont plus fortes lorsqu’il existe un engagement partagé en faveur de la démocratie, les valeurs, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ». Karim Guellaty, familier des deux rives de la Méditerranée et auteur de Heureux comme Abdallah en France livre son éclairage sur la position internationale à l’égard de la Tunisie.

L’Europe a beaucoup investi en Tunisie depuis 2011 pour accompagner le processus démocratique. Au-delà du discours diplomatique, quel est leur point de vue sur le projet présidentiel ?

Nos pays partenaires les plus proches – la France, l’Italie, l’Allemagne – sont préoccupés. Il ne faut pas se mentir, cette Constitution ne correspond pas aux standards démocratiques tels qu’on les connaît. Je ne parle pas de « démocratie occidentale » mais d’éléments objectifs de la démocratie, issus d’une littérature qui remonte à Aristote et à laquelle ont contribué des auteurs arabes.