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Cet article est issu du dossier «Méditations africaines : à la rencontre des intellectuels africains»

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Culture

Méditations africaines : des arts et des lettres

| Écrit par Mehdi Ba
Manthia Diawara a vécu sur trois continents avant de se fixer aux États-Unis.

Manthia Diawara a vécu sur trois continents avant de se fixer aux États-Unis. © Sylvain Cherkaoui pour J.A.

Manthia Diawara : Fondamentalement nègre

Aux identités figées, il préfère les identités complexes : « Je suis à la fois de Bamako, de Paris et de New York. Une triple appartenance à l’intérieur de laquelle j’aime circuler », affirme Manthia Diawara. Né au Mali il y a soixante ans, ce citoyen du monde a grandi en Guinée, étudié en France, avant de se fixer aux États-Unis, où il dirigera un temps le département des Africana Studies de l’université de New York. Professeur de littérature comparée et de cinéma, réalisateur de documentaires, écrivain mêlant dans ses ouvrages philosophie, sociologie et récits de voyages, Manthia Diawara embrasse les cultures noires dans toute leur diversité, de l’Afrique aux Antilles, en français ou en anglais. Cet inlassable voyageur qui sillonne régulièrement l’Afrique – il parle le soninké, le malinké et le bambara – critique dans un même élan l’africanisme à la sauce tribale, l’essentialisation des cultures et la folklorisation du continent. Son univers s’étend de la Harlem Renaissance au hip-hop, du cinéma de Sembène Ousmane (auquel il a consacré un film) à celui de Spike Lee, et d’Angela Davis à Patrice Lumumba. À cheval sur trois continents, capable d’interroger la place des Noirs dans le cinéma hollywoodien, d’ausculter les espoirs déçus des indépendances africaines ou de comparer les systèmes interraciaux français et américains, cet intellectuel engagé côtoie Harry Belafonte et Danny Glover au sein de Transafrica, un groupe de pression destiné à influencer la politique américaine vis-à-vis de l’Afrique, de la Caraïbe et des diasporas noires.

Yacouba Konaté : Raison critique

Sortir l’art africain du ghetto où l’imagerie occidentale l’a longtemps maintenu, voilà le pari de Yacouba Konaté. « Lorsqu’on évoque la Côte d’Ivoire dans le monde de l’art, les gens pensent aux statuaires bétée, sénoufo, lobie, etc. Les gens n’ont pas conscience qu’il y a eu une création moderne et contemporaine qui a atteint les cimaises, un niveau international. Notre ardent désir est d’apporter la démonstration de cette force créative contemporaine », écrivait, en 2004, ce spécialiste de l’École de Francfort qui est devenu un critique d’art et un commissaire d’exposition (biennales d’Abidjan, de Dakar…) respecté à travers tout le continent. Pour y contribuer, l’auteur de Christian Lattier, le sculpteur aux mains nues (Sépia), a fondé à Abidjan une galerie, La Rotonde des arts contemporains. Et cette année, c’est de son engagement qu’est né le pavillon de la Côte d’Ivoire de la prestigieuse Biennale de Venise, qui se tient jusqu’au 24 novembre. Penseur inclassable, le philosophe a également écrit en 1987 Alpha Blondy : reggae et société en Afrique noire (Karthala). À l’époque, on reproche au père du reggae africain de produire une musique qui ne serait pas ivoirienne. « C’est pour donner un caractère opérationnel à la philosophie que cela m’a intéressé de lui consacrer un livre », explique ce théoricien des questions identitaires qui a travaillé également sur les rouages de l’ivoirité.
Yacouba Konaté s’intéresse à l’art africain et à sa
diffusion sur la planète. © Nabil Zorkot pour J.A.

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