Politique

Ceux avec qui IBK va devoir composer

Sanogo, depuis peu général, sera l'un des interlocuteur d'IBK. © Emilie Reigner pour J.A.

Militaires, religieux, politiques français et voisins, ils l'ont soutenu pendant sa campagne. Qu'il le veuille ou non, IBK, le nouveau président malien, va devoir composer avec eux.

Les militaires

Voilà plusieurs mois que la junte a perdu son pouvoir de nuisance. L’intervention française, la mise en place d’une force onusienne et le score d’IBK, qui lui confère une vraie légitimité, ont fini par saper ce qu’il restait de son influence. Mais le nouveau président devra tout de même composer avec elle – ou du moins, avec les individus qui l’ont dirigée. Les putschistes ont placé leurs hommes à tous les postes stratégiques depuis un an : dans l’armée, la gendarmerie, les services de renseignements et le gouvernement de transition. Ils pourront également rappeler à IBK, en cas de tempête, qu’ils l’ont activement soutenu durant la campagne. "C’est vrai, convient un proche du président, mais cela vaut pour la grande majorité des soldats. IBK ne se sent pas lié par ce soutien. Il a en outre un ascendant psychologique sur eux."

Reste les cas Sanogo et Sinko. Le 14 août, le gouvernement de transition les a respectivement élevés au rang de général de corps d’armée et général de brigade. Selon un plan établi dans les chancelleries, il s’agit pour le premier d’une porte de sortie : il devrait être mis à la retraite et envoyé en mission à l’étranger. Quant au second, un colonel proche de Sanogo, "il jouera forcément un rôle dans le nouveau Mali", estime un diplomate européen, qui loue la manière dont il a, en tant que ministre de l’Administration territoriale, organisé les élections.

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Les religieux

Durant la campagne, une coalition de religieux a soutenu la candidature d’IBK. Une implication jamais observée jusque-là. Le chérif de Nioro, un dignitaire qui compte de nombreux disciples, mais aussi un homme d’affaires important, a indirectement financé sa campagne à hauteur de 100 millions de F CFA (environ 150 000 euros). S’il n’a pas pris position publiquement, l’imam Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil islamique du Mali, a également soutenu IBK. Tous deux sont amis. Dicko a notamment poussé son entourage à créer un mouvement, Sabati 2012, qui a imprimé et collé des affiches pour IBK, et qui a fait sa publicité dans les mosquées. Ce mouvement, qui revendique 15 % de l’électorat, affiche un programme radical : élargissement du financement des partis politiques aux structures religieuses, application stricte du code de la famille, dynamisation des relations diplomatiques avec les pays du Golfe, criminalisation de l’homosexualité, quotas dans l’administration pour les arabophones…

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Le nouveau président assure ne rien leur devoir. Mais il devra désormais compter avec eux. "De grâce, que l’on accepte que les chefs religieux aient leur mot à dire sur les sujets de société", disait-il en 2012.

La France

Proclamé par ses adversaires "candidat de la France" (ce que l’on nie avec peu de véhémence à Paris), IBK part avec un avantage : il connaît bien François Hollande (qui a été le premier chef d’État à le féliciter, dès le 12 août) ainsi que certains de ses ministres, et il compte de nombreux amis au Parti socialiste. Pas négligeable, alors que la France est redevenue un partenaire incontournable depuis son intervention dans le Nord, en janvier. Il reste aujourd’hui près de 3 000 soldats français sur le sol malien. À la fin de l’année, ils devraient être encore un millier. Une présence que le nouveau président juge incontournable. "Nous avons besoin d’eux, car la situation reste très fragile", glisse-t-il à ses proches.

Mais IBK marche sur des oeufs. Il devra faire attention à ne pas irriter la frange d’intellectuels maliens qui commence à critiquer les ingérences françaises. Lui l’affirme : "Je serai intransigeant quant à la souveraineté du Mali." Il le sera d’autant plus avec la Minusma, la force onusienne. Dans son entourage, voilà plusieurs semaines que l’on parle d’une révision à la baisse de ses effectifs. "Avec lui, Bert Koenders [le patron de cette force] n’aura pas la partie facile", prédit un diplomate français.

Les voisins

Tous les chefs d’État de la sous-région ou presque ont soutenu IBK, même si certains, prudents, ont pris soin de ne pas couper les ponts avec Soumaïla Cissé. Ses amis socialistes, bien sûr, le Guinéen Alpha Condé et le Nigérien Mahamadou Issoufou (auquel il a rendu visite entre les deux tours). Les fils de ses anciens protecteurs avec qui il entretient une relation franche, le Togolais Faure Gnassingbé et le Gabonais Ali Bongo Ondimba. Et des complices plus récents, l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Sénégalais Macky Sall (qui l’a soutenu sur le tard). IBK peut également compter sur la bienveillance de l’Algérie, qui cultive de bonnes relations avec l’un de ses conseillers, Soumeylou Boubèye Maïga, et il peut se targuer d’entretenir une vielle relation avec le Burkinabè Blaise Compaoré.

Autant d’atouts qui lui permettent d’attaquer son mandat sous de bons auspices. Car s’il veut trouver la paix dans le Nord, le nouveau président devra faire avec le voisinage, et notamment la Mauritanie (qui parraine le Mouvement arabe de l’Azawad), l’Algérie, dont les relations avec certains groupes armés du Nord sont ambiguës, le Burkina, qui reste pour l’heure le médiateur nommé par la sous-région, et le Niger, qui soutient une position de fermeté face aux rebelles touaregs.

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