Politique

Maroc : des avions militaires israéliens bientôt sur les tarmacs du royaume ?

Premier chef d’état-major de l’armée israélienne à se rendre officiellement au Maroc, Aviv Kochavi a rencontré plusieurs hauts dignitaires marocains. Détails de cette visite placée sous le signe de la coopération bilatérale.

Mis à jour le 22 juillet 2022 à 11:15

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv Kochavi au quartier général des Forces armées royales (FAR) à Rabat, le 19 juillet 2022. © ISRAELI DEFENCE FORCES/AFP

La visite est historique. Pour la première fois, un chef d’état-major de l’armée israélienne est en visite officielle au Maroc. Aviv Kochavi a atterri le 18 juillet à Rabat, accompagné du commandant de la coopération internationale de l’armée, le général de brigade Effie Defrin, et le chef de la division de recherche du renseignement, le général de brigade Amit Saar.

La délégation israélienne a visité le mausolée du roi Mohammed V. Le chef de l’armée israélienne y a déposé une gerbe au nom d’Israël et de son armée, avant de signer le livre d’or. Une tradition également respectée par la délégation diplomatique israélienne en visite au Maroc, en juillet 2021.

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Aviv Kochavi a ensuite été accueilli le 19 juillet, par une haie d’honneur au quartier général des Forces armées royales (FAR), à Rabat. Plusieurs dizaines de personnes ont protesté contre sa visite dans la capitale, banderoles et portraits enflammés à la main.

D’abord reçu par le ministre marocain de la Défense Abdellatif Loudiyi, il a ensuite rencontré son homologue marocain le chef des FAR, Belkhir El Farouk et le chef du renseignement militaire, Brahim Hassani notamment.

Utilisation des bases aériennes des FAR par Israël ?

L’état-major général des FAR a déclaré dans un communiqué séparé, que la partie marocaine a exprimé « son intérêt à monter conjointement des projets industriels de défense au Maroc ». Sur le plan militaire, « cette visite a permis d’examiner les opportunités de développer davantage les axes de la coopération portant principalement sur la formation, le transfert de technologies ainsi que sur le partage d’expériences et d’expertises » indique le communiqué.

Assisté du chef du département recherche Amit Saar, le chef d’état-major Aviv Kochavi a visité la base de l’armée de l’air marocaine de Benguérir, communément appelée la 6e BAFRA. Les responsables israéliens y ont rencontré son commandant, le colonel major Hassan Mahouar, qui leur a présenté une partie de l’arsenal militaire des FAR : avions F-16 et drones israéliens.

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Au cours de cette visite, les discussions auraient tourné autour d’une éventuelle coopération entre les deux armées de l’air. D’après les informations de Barak Ravid, correspondant à Tel Aviv du site américain Axios citant de « hauts responsables militaires », « une des choses qu’Israël espère promouvoir est une formation conjointe avec le Maroc sur des vols long-courriers et l’utilisation de bases aériennes marocaines pour que les avions de l’armée de l’air israélienne en route vers les États-Unis atterrissent pour faire le plein de carburant ».

Participation marocaine à l’exercice «Blue Flag» ?

Selon les informations du média marocain Le Desk, des entraînements aériens bilatéraux sont aussi à prévoir entre les pilotes des FRA et l’IDF. La participation marocaine à l’exercice militaire international Blue Flag, en 2023, est notamment évoquée. Il s’agit d’un exercice militaire international biannuel, organisé pour la première fois en novembre 2013, à la base militaire d’Ovda (dans le sud du Néguev). Objectif : simuler des scénarios de combat réalistes pour améliorer la coordination entre les aviations partenaires.

La même source médiatique précise : «L’entraînement inclut des opérations de défense et d’attaque avec des escadrons de simulation ennemis», citant les deux escadrons israéliens concernés par l’organisation de l’exercice : le 119ème escadron exploitant des avions F-16i, depuis la base de Ramon et le 115ème Red Squadron, dirigeant de la formation des aviations alliées.

À quelques semaines de l’édition 2021 de Blue Flag, en novembre de la même année, le magazine Times of Israel, rapportait sans certitude, l’atterrissage d’un avion Lockheed C-130 Hercules des FAR sur la base aérienne d’Hatzor, près d’Ashdod. «L’armée israélienne a refusé de confirmer l’information ou la visite», indiquait alors la source faisant planer le doute sur une éventuelle présence discrète des FAR à Blue Flag 2021.

L’édition en question, comme l’affirme le site officiel de l’IDF, avait vu la participation active de huit pays : Israël, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Inde, l’Allemagne et la Grèce. En plus, de la présence de nombreux pays observateurs, notamment : la Roumanie, la Finlande, la Corée du Sud, l’Australie, le Japon, les Pays-Bas et la Croatie.

Rencontre avec la communauté juive

Le 21 juillet, le général Aviv Kochavi s’est rendu au Mellah de Marrakech où il a visité le cimetière juif et la synagogue Al-Azama. Il s’est alors entretenu avec différents membres de la communauté juive, notamment des vétérans de la guerre de 1973 et des Israéliens d’origine marocaine revenus vivre au royaume. « Le Maroc est un allié d’Israël. Il est un exemple d’une relation profonde entre nos peuples et d’un lien spécial basé sur un héritage commun.”, a-t-il alors assuré.

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En mars 2022, la visite d’une délégation israélienne avait abouti à la signature d’un accord de coopération et aux prémisses de la création d’une commission militaire conjointe.

Fin juin, des officiers et des représentants sécuritaires israéliens participaient pour la première fois à la deuxième édition de l’exercice militaire African Lion 2022, coorganisé par le Maroc et les États-Unis au sud du royaume.