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En Guinée, l’espoir de justice renaît chez les victimes du massacre du 28 septembre 2009

Mamadi Doumbouya a instruit son ministre de la Justice de relancer le procès du massacre du 28 septembre 2009. Les proches des victimes de cette répression, qui avait fait plus de 150 morts, nourrissent l’espoir que la justice leur soit enfin rendue.

Mis à jour le 20 juillet 2022 à 12:00

La police guinéenne arrête un manifestant le 28 septembre 2009 devant le plus grand stade de la capitale Conakry lors d’une manifestation interdite par la junte au pouvoir en Guinée. © SEYLLOU DIALLO/AFP

L’ancien Garde des Sceaux, Cheick Sako, avait fait de la tenue de ce procès un point d’honneur. En 2018, un comité de pilotage avait donc été créé, composé de représentants des ambassades des États-Unis, de l’Union européenne, des Nations unies, de la société civile, ainsi que des services de sécurité et de la justice. Un budget prévisionnel de 78 milliards de francs guinéens (environ 420 millions de francs CFA) avait même été avancé. Puis rien.

Quatre ans plus tard, Mamadi Doumbouya semble vouloir relancer le procès du massacre du 28 septembre 2009. « Le président de la transition a instruit avec insistance le nouveau ministre de la Justice de prendre toutes les dispositions en vue d’organiser le procès des évènements douloureux du 28 septembre 2009 au plus tard le 28 septembre 2022 », date du treizième anniversaire, précise le compte rendu du conseil des ministres du 14 juillet. Une annonce accueillie « avec beaucoup d’intérêt » par les représentants des victimes. « Nous espérons que cette fois-ci, nous irons jusqu’au bout, a réagi Alsény Sall, responsable communication de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), joint par Jeune Afrique. Nous sommes engagés à accompagner les autorités pour la tenue du procès. »

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Garantir un procès inclusif

Tout comme la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), l’OGDH s’est constituée partie civile aux côtés des victimes du massacre qui, en 2009, avait provoqué la mort de 157 personnes, tuées par les balles de l’armée. Cent neuf femmes avaient été violées, 1 500 personnes avaient été blessées et 89 autres avaient disparu. Ce jour-là, des milliers de personnes manifestaient dans le stade de Conakry contre une éventuelle candidature présidentielle de Moussa Dadis Camara.

Le 28 septembre 2009, un Guinéen tient une pancarte "Non à Dadis", chef de la junte, devant le plus grand stade de Conakry lors d'une manifestation interdite par la junte au pouvoir en Guinée. © SEYLLOU DIALLO/AFP

Le 28 septembre 2009, un Guinéen tient une pancarte "Non à Dadis", chef de la junte, devant le plus grand stade de Conakry lors d'une manifestation interdite par la junte au pouvoir en Guinée. © SEYLLOU DIALLO/AFP

Des responsables de l’OGDH et de l’Association des victimes, parents et amis du 28 Septembre (AVIPA) ont été reçus lundi par le nouveau ministre de la Justice. Au cours de l’audience, Alphonse Charles Wright leur a réitéré l’engagement de Mamadi Doumbouya d’organiser enfin le procès. En retour, ses hôtes ont dit vouloir un procès inclusif, garantissant la participation effective et sécurisée aussi bien des inculpés que des victimes.

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Ce procès d’envergure qui, en l’absence de volonté et ou de capacité de la Guinée, aurait pu avoir lieu devant la Cour pénale internationale (CPI), a nécessité la construction d’une juridiction ad hoc. La salle d’audience de la Cour d’appel de Conakry avait en effet été jugée trop petite pour accueillir les accusés, les parties civiles, le public et les médias. Mais les travaux avançaient jusqu’à présent trop lentement aux yeux des parties civiles. Selon le ministère de la Justice, le chantier est aujourd’hui exécuté à 85 %. Le Garde des Sceaux « nous a dit que le lieu retenu pour le procès est le bâtiment en construction dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry et que la commande est déjà lancée pour l’achat des meubles », précise de nouveau Alsény Sall.

Mettre les bouchées doubles

Des responsables de cette organisation ainsi que de l’Association des victimes, parents et amis du 28 Septembre (AVIPA) ont visité le 19 juillet le bâtiment en construction. « Il reste du travail, mais ça avance. Le ministre de la Justice nous a assurés que tout sera mis à disposition pour qu’il soit livré avant le 28 septembre et nous espérons que le délai sera respecté », a réagi la présidente de l’AVIPA, Asmaou Diallo. Si les installations électriques sont déjà terminées, son inquiétude porte désormais sur le délai de livraison des meubles. Asmaou Diallo attend par ailleurs que leur soit communiqué les noms des juges choisis pour conduire le procès.

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Les États-Unis, à travers leur ambassade à Conakry, aurait réitéré leur proposition d’accompagnement. Le comité de pilotage de l’organisation du procès, désormais dirigé par Alphonse Charles Wright, a été réactivé et s’appuiera sur un comité technique de suivi composé d’experts, dont un assistant psychosocial réclamé par les victimes. Par prudence, le Garde des Sceaux leur a promis de communiquer ultérieurement la date du démarrage effectif du procès.

« Je n’aime pas dire quelque chose sans avoir la ferme conviction que cela est tenable, a dit Alphonse Charles Wright aux micros de médias guinéens reçus à la suite de l’audience accordée aux représentants des victimes. Sur l’engagement du colonel Mamadi Doumbouya, je peux dire d’emblée que nous allons mettre les bouchées doubles pour la tenue du procès qui n’a que trop tardé. »