Politique

La femme de César

Mis à jour le 10 septembre 2013 à 13:13
François Soudan

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Lorsque François Hollande, dans son discours devant la conférence des ambassadeurs de France, le 27 août, lance un appel à la mobilisation pour éviter une "somalisation" de la Centrafrique, il cite explicitement ses sources : non pas les dépêches de ses diplomates ou les analyses de ses conseillers, mais les informations que lui ont transmises les représentants d’ONG reçues la semaine précédente à l’Élysée.

Il faut dire que le président français, comme ses homologues des grandes démocraties occidentales, n’a guère le choix. Au sein de l’opinion, de ce que l’on pourrait appeler la société civile internationale et parmi les médias qui fonctionnent en miroir avec les ONG droits-de-l’hommistes, il est désormais admis que ces dernières sont parées d’une double vertu : la légitimité du bien commun et la fiabilité du désintéressement. Ce qu’elles rapportent est donc, comme la femme de César, insoupçonnable a priori, contrairement aux États, aux fonctionnaires, à la classe politique et même à l’ONU, dont il convient de se méfier.

Si l’utilité de ces "chiennes de garde" est aussi indéniable que leur impact sur les relations internationales, le fait que certaines d’entre elles ne répondent pas toujours aux critères de gouvernance et de vérification professionnelle des sources, voire de transparence, imposés à leurs "cibles" pose problème. D’abord parce qu’une ONG est, par définition, irresponsable : elle n’a de comptes à rendre à personne, décide seule de ses objectifs, de son financement et de sa représentativité. Ensuite parce qu’il existe bel et bien une "géopolitique des ONG", comme le dit Hubert Védrine. Celles qui comptent, qui pèsent et qui influent sont toutes occidentales, avec une prédominance écrasante des américaines. HRW, qui exerce une sorte de magistère mondial des droits de l’homme, et Transparency International, son équivalent pour l’éthique des affaires, participent toutes deux, qu’elles le veuillent ou non, du soft power de la diplomatie américaine et, pour la seconde, de la volonté des États-Unis d’imposer leur propre législation anticorruption. Enfin parce que, comme l’ont démontré les liens entre certaines ONG de la galaxie Soros et les rapaces des fonds vautours, ce monde de pureté masque parfois des ambiguïtés contre nature.

Tout étant question de rapports de force, les gouvernements africains ont compris qu’ils devaient se convertir à ce que Régis Debray appelle la ROC, la "religion de l’Occident contemporain", une religion universaliste dont les ONG comme HRW sont les grands prêtres. Il reste à espérer que ces derniers, prompts à traquer le diable qui se cache derrière chaque État, procéderont un jour à leur propre examen de conscience : pourquoi nous ingérons-nous, pour qui, avec qui et pour quels résultats ?

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