Politique

Cameroun : de retour au pays, Aminatou Ahidjo veut tourner la page

Entre son père et sa soeur aînée, en 1974. Aminatou est parfois décrite comme fragile. © DR

Aminatou Ahidjo, la fille du premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo, mort en exil à Dakar en 1989, a accepté de rentrer au pays et de rallier le parti au pouvoir. Au grand dam de sa mère...

Aminatou Ahidjo, la benjamine du premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo, décédé et enterré à Dakar en 1989, est au centre de toutes les conversations. À l’âge de 47 ans, elle intrigue pour avoir osé se désolidariser de sa propre famille, toujours en exil au Sénégal, pour revenir au pays et rejoindre le camp "ennemi". Au grand désespoir de sa mère, Germaine, qu’elle ne voit plus depuis 2008.

L’entourage de celle-ci la dit dévastée par cette attitude, elle qui est en désaccord avec le président Biya sur les conditions du rapatriement de la dépouille de son défunt mari. Germaine demande sa réhabilitation ainsi qu’"un retour dans l’honneur et la dignité, et à l’initiative de l’État camerounais". Yaoundé répond que c’est une affaire de famille.

Trahison ou manipulation ?

Aminatou Ahidjo estime sans doute qu’il est temps de passer à autre chose. Elle dit vouloir "porter l’image de l’union, de la concorde et de la réconciliation nationales". Elle – qui n’a aucun poids sur la scène politique camerounaise – s’est proposée de battre campagne pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) dans les trois régions du Nord et faire des apparitions ponctuelles dans le reste du pays avant les législatives du 30 septembre. Alors que les uns crient à la trahison, d’autres hurlent à la manipulation d’un "esprit faible". Biya aurait trouvé le moyen de faire d’une pierre deux coups : punir Germaine Ahidjo pour sa suffisance, elle qui n’a jamais daigné s’abaisser à lui demander la moindre faveur, et apaiser les tensions avec le Nord, après les arrestations de plusieurs de ses figures, dont Marafa Hamidou Yaya et Iya Mohammed, dans le cadre de l’opération Épervier.

Pauvre fille seule au milieu d’intrigants ? Peut-être pas tant que ça. Méthodique, elle a constitué une équipe, présenté un document de travail détaillé précisant les contours de la proposition faite au RDPC. Montant de la facture : 400 millions de francs CFA (610 000 euros) pour ses prestations.

Soutenue par son demi-frère Mohamadou Ahidjo Badjika, ambassadeur itinérant, et par l’ancien président béninois Émile Derlin Zinsou – tous deux l’auraient encouragée à rentrer -, Aminatou a choisi d’ignorer les critiques. Elle veut oublier qu’en 1983 le régime Biya lui a retiré ses pièces d’identité camerounaises alors qu’elle s’apprêtait à intégrer une université suisse. Les services d’immigration l’avaient alors convoquée pour l’informer de l’envoi, par Yaoundé, d’une circulaire indiquant que les documents en sa possession n’étaient pas valides – circulaire que Berne avait choisi d’ignorer.

Psychologiquement fragile

Ceux qui ont partagé son exil dakarois la décrivent parfois comme psychologiquement fragile. Ils affirment que cette "benjamine choyée", très ébranlée par la mort de son père, n’a pas su saisir les opportunités offertes par d’anciens amis de celui-ci, notamment quand elle affirmait vouloir suivre des études de journalisme. Proches d’Ahidjo, les journalistes Hervé Bourges et Philippe Decraene s’étaient proposé de l’épauler au début des années 1990. Abdou Diouf, alors président du Sénégal, avait quant à lui mis à sa disposition sa cellule de communication. En vain. Les plus sévères prétendent que cette infatigable voyageuse a épuisé toutes ses cartes, elle qui a bénéficié du soutien d’Houphouët-Boigny, d’Omar Bongo Ondimba ou de Kadhafi sur des projets tous plus onéreux les uns que les autres, et toujours trop vite abandonnés : création d’une galerie d’art, ouverture d’une parfumerie… À sa décharge, ils conviennent qu’elle est, de tous les enfants, celle qui a le plus difficilement vécu les malheurs de la famille.

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