Politique

Tunisie : Chourou, l’imprécateur

Sadok Chourou juge inutile d'accrocher à son balcon le drapeau national. © Hichem

Ses vingt années de captivité sous Ben Ali ont valu à Sadok Chourou un certain capital de sympathie. Qu'il a su mettre à profit.

En janvier 2012, au plus fort des mouvements sociaux, Sadok Chourou, 61 ans, élu de la circonscription de Ben Arous, avait suscité un tollé en citant des versets du Coran prônant que les fauteurs de troubles "soient exécutés, ou crucifiés, ou que leur soient coupées la main et la jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés de la terre". Tenant de la ligne dure au sein d’Ennahdha, ce faucon influent – il a recueilli 731 voix sur 943 lors de la dernière élection du Majlis el-Choura, en juillet 2012 – ne s’en est pas moins illustré par son absentéisme à l’Assemblée nationale constituante (ANC). Ses vingt années de captivité sous Ben Ali, dont treize en isolement, lui ont valu un certain capital de sympathie. Éprouvé par la détention, ce docteur en chimie, ancien enseignant à la faculté de médecine de Tunis, cultive une allure ascétique conforme à son "purisme". Militant de la première heure, il intègre l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) avant de rejoindre, à l’âge de 28 ans, le Mouvement de la tendance islamique (MTI, future Ennahdha), dont il grimpe un à un les échelons jusqu’à en prendre la présidence après l’arrestation, en 1987, de Rached Ghannouchi. À la libération de ce dernier, gracié par Ben Ali en 1988, il refuse de lui céder les rênes, arguant qu’il revient au Congrès de l’élire.

>> À lire aussi : "Ennahdha : vol au-dessus d’un nid de faucons"

La revanche

En 1987, Chourou affirme avoir vu le Prophète en rêve, qui lui aurait annoncé que "le mouvement aura le pouvoir dans quatre ans". Mais la tentative de coup d’État de 1991 se solde par un échec. Une lourde répression s’abat sur les islamistes. Condamné à mort pour complot contre l’État, Chourou voit sa peine commuée en réclusion à perpétuité. Il ne sera libéré qu’en 2008, mais ses interventions médiatiques lui valent un retour à la case prison pendant deux ans. La chute de Ben Ali sonne pour lui l’heure de la revanche, qu’il ne veut laisser passer à aucun prix. Proche des mouvements salafistes, ce natif de Midoune, à Djerba, assure que "le peuple est musulman et veut être gouverné selon la charia", juge inutile de hisser les couleurs nationales lors des commémorations républicaines et déplore le classement d’Ansar al-Charia parmi les organisations terroristes.

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