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Politique

Mali : deux années de perdues !

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Au sortir de la crise politique et sécuritaire, qui a provoqué le déplacement de plus de 400 000 Maliens et, selon le Fonds monétaire international, une récession de 1,5 % du PIB, la "relance durable" est à l’ordre du jour.

Aide alimentaire aux réfugiés, sécurisation des frontières, emploi, assainissement, énergie… Toutes ces problématiques doivent être traitées en urgence pour éviter que l’appauvrissement des Maliens ne s’aggrave. En 2012, ils étaient 42,7 % à vivre au-dessous du seuil de pauvreté, contre 41,7 % un an plus tôt. Au classement de l’Indice de développement humain 2013, le pays a reculé d’une place (il est désormais 182e sur les 186 États répertoriés).

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Mais tout n’est pas sinistre dans ce panorama économique. Le taux de croissance devrait s’élever à 5,4 % cette année sous les influences conjuguées du retour des investissements publics, de la reprise de l’aide internationale et d’un effet de rattrapage. Tandis que le taux d’inflation demeurera sage, avec un recul de 5,3 % à 2,9 % entre 2012 et 2013.

Grâce à des pluies abondantes, la campagne agricole a été exceptionnelle cette année. Alors que les récoltes de céréales 2011-2012 avaient atteint 5,7 millions de tonnes, les moissons 2012-2013 se sont élevées à 9,3 millions de tonnes. Et l’on a collecté pas moins de 480 000 t de coton-graine, contre 100 000 t deux ans plus tôt, ce qui constitue une performance. Le front agricole a tenu.

Dernière bonne surprise, "on a constaté que l’administration faisait preuve d’une solidité appréciable dans ces temps difficiles, et le maintien des grands équilibres budgétaires a été assuré", commente un observateur. La résilience de l’économie s’explique également par le maintien des transferts des expatriés et par l’assistance des ONG et collectivités locales étrangères, qui ont apporté aux mairies maliennes une compensation à la perte de l’aide internationale, suspendue après le coup d’État.

Celle-ci est en train d’être relancée. En mai, à Bruxelles, 3,25 milliards d’euros ont été promis au Mali en deux ans, dans le cadre du Plan pour la relance durable. Beaucoup plus que les 2 milliards espérés. Mais si l’on retire à ces 3,25 milliards les fonds consacrés à la sécurité et les budgets déjà promis avant la crise, et si l’on considère que ces versements seront inévitablement étalés sur trois ou quatre ans, "ce n’est pas si extraordinaire qu’il n’y paraît", reconnaît le représentant d’un bailleur de fonds. En fait, on a juste perdu deux années.

Les besoins du pays sont pourtant colossaux. Sous la poussée démographique (3,2 % par an), la population passera de 14,5 millions en 2012 à 23 millions en 2025 et à 41 millions en 2050 – autant d’habitants qu’il faudra nourrir, éduquer, soigner, transporter et employer, dans un contexte d’exode rural.

Pour y parvenir, l’agriculture est incontournable, car le Mali est le pays du Sahel qui dispose des plus importants atouts dans ce domaine. Cela suppose que le monde rural améliore sa productivité. "Du fait de la fragilité du milieu et des risques environnementaux, l’augmentation des rendements passera dans les années à venir par des investissements en termes d’aménagements et d’infrastructures rurales, de recherche, de formation et de conseil, d’innovations techniques", notent Pierre Jacquemot et Serge Michailof, chercheurs associés à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dans un rapport publié en mai.

Ils rappellent que la surface des terres irriguées dans le périmètre de l’Office du Niger représente 100 000 ha, répartis entre la production de riz (500 000 t par an) et de sucre, le maraîchage et l’élevage. Quelque 500 000 personnes en vivent. L’eau disponible pourrait permettre de porter cette superficie à 250 000 ha, à condition de préserver la place de l’agriculture familiale dans ce développement.

Deuxième chantier : l’énergie. Énergie du Mali est en faillite virtuelle, portée à bout de bras par l’État. Incapable de répondre à une demande qui croît de 10 % par an (alors que, selon la Banque africaine de développement, seuls 32 % des Maliens disposent de l’électricité), l’opérateur ne parvient pas à empêcher les fréquentes coupures de courant.

Et puis, il y a l’eau. Dans certains quartiers de Bamako qui ont poussé anarchiquement, on dénombre une seule borne-fontaine pour 2 000 habitants. Or, l’absence d’eau potable provoque de graves maladies. Il faudrait construire plusieurs stations de pompage et de traitement de l’eau, comme celle de Kabala. Pour un coût global de près de 150 millions d’euros, cette station devrait entrer en service en 2017 et, enfin, apporter une eau saine à 1 million d’habitants de la capitale.

La renaissance du Mali est à la fois un défi économique, financier, social et humain. 

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