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Dan Gertler : Dieu, le Congo et lui

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Exclusif – Dan Gertler : « Tous étaient effrayés par le Congo, mais pas moi »

« Dieu, le Congo et lui » (1/4). Quand l’homme d’affaires israélien a-t-il jeté son dévolu sur la RDC ? Comment a-t-il rencontré Joseph Kabila ? Quel rôle a-t-il joué dans le destin politique du pays ? À l’aide de documents inédits et de ses confessions exclusives, JA perce le mystère de ce magnat du cuivre, du cobalt et du diamant.

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Par et - envoyés spéciaux à Tel-Aviv
Mis à jour le 2 août 2022 à 16:35

L’homme d’affaires israélien Dan Gertler. © Montage JA

Tout commence par un café pris sur une terrasse parisienne. Un de ces « allongés » que l’on commande pour prolonger le plaisir de la discussion. La conversation ne porte pas sur Dan Gertler. Notre interlocuteur, touche-à-tout des affaires africaines, nous a invités pour discuter d’un autre de ses dossiers. Le nom du milliardaire israélien ne surgit qu’une heure plus tard. En ce début de 2020, Dan Gertler fait partie des personnalités placées sous sanctions par les États-Unis depuis deux ans. Réputé proche de Joseph Kabila, il doit composer depuis peu avec l’administration de Félix Tshisekedi.

L’homme ne parle à la presse qu’une fois par décennie. Ses intimes ont la consigne de se taire, et lui-même préfère la compagnie des rabbins à celle des mondains, l’atmosphère des synagogues à celle des salles de presse. Alors quand notre interlocuteur évoque la possibilité de rencontrer le mystérieux Israélien, nous acquiesçons avec enthousiasme. Accusé de toutes parts, ébranlé par les sanctions du Trésor américain, qui l’accuse d’avoir construit sa fortune grâce à la corruption et au détriment du peuple congolais, Dan Gertler veut s’expliquer. Un entretien pourrait même être organisé dans les prochaines semaines.

« Bienvenue en terre sainte »

Cela prendra finalement deux ans. Le 25 mai 2022, à Tel-Aviv, nous descendons enfin du véhicule qui nous dépose devant la résidence du milliardaire. Jusqu’à la dernière minute, la pandémie de Covid-19 et la méfiance de l’Israélien ont bien failli compromettre notre rencontre. Bnei Brak fait donc un peu figure de terre promise. Dans ce quartier très religieux, où près de 90 % des électeurs ont voté pour des partis juifs ultra-orthodoxes aux dernières législatives, Dan Gertler a construit une maison de cinq étages qui passerait presque inaperçue. Il fait partie de la communauté, observe scrupuleusement le shabbat et prie plusieurs fois par jour. Le portail franchi, le milliardaire, costume marine et chemise blanche, nous accueille, un large sourire surplombant une barbe fournie. Lorsque nous l’avions croisé, deux jours plus tôt, à son bureau, situé non loin de la Bourse aux diamants, il nous avait lancé en anglais un « bienvenue en terre sainte » avant de s’éclipser.

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Cette fois, il nous présente son épouse puis quelques-uns de ses douze enfants, et nous pousse dans un ascenseur. Direction : son cabinet de travail. Celui-ci est aussi grand que celui d’un chef d’État. Large secrétaire, table de réunion, salon attenant, le tout éclairé par deux lustres imposants. Aux murs, des tableaux représentent des scènes religieuses. Sur les meubles, quelques livres précieux. Des torahs, évidemment. D’un geste ample, Gertler nous indique un canapé en cuir et s’installe dans un fauteuil, face à deux de ses collaborateurs, attentifs gardiens de sa vérité. Entre nous, sur une table basse, une vasque emplie d’une quinzaine de galets de cuivre couleur émeraude. Ces derniers proviennent, bien sûr, de mines situées en RD Congo.