Politique

[Série] Maroc : pouvoir, business, religion… Bienvenue chez les Fassis !

En dépit du déclin de leur ville d’origine, jadis cité impériale, les Fassis continuent de prospérer. Le secret de cette réussite : entre-soi et préservation des traditions.

Par - à Fès et Casablanca
Mis à jour le 11 août 2022 à 11:33

De g. à dr., Taïeb Fassi-Fihri, Oqba Ibn Nafi al-Fihri (statue), Allal El Fassi, Ghita Lahlou, Othman Benjelloun (premier plan), Nizar Baraka, Leïla Tazi, Chakib Benmoussa et Saïda Lamrani. © Montage JA

 

« Mnin ntina ? » (« D’où viens-tu ? »). À chaque événement mondain, la question fuse, inévitablement. Souvent posée par une grand-mère curieuse, elle souligne l’importance de l’appartenance régionale au Maroc, où s’enquérir des origines d’un interlocuteur n’a rien d’anodin.

Entre les Berbères, les Arabes et les Berbères arabisés des plaines, il y a le cas à part des Fassis. Les grandes familles de Fès constituent depuis longtemps une forme d’aristocratie politique, économique et intellectuelle. Ces dynasties se divisent en trois groupes : les Arabes, les Andalous et les Juifs convertis à l’islam. Tous font remonter leur lignage à la fondation de la ville par Moulay Idriss Ier, le premier roi du Maroc, à la fin du VIIIe siècle.

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Une autre « expression culte » : « Fassi awla qadi haja ? » (« Es-tu fassi, ou de ceux qui rendent des services ? ») symbolise l’irrépressible sentiment de supériorité des Fassis. Encore faut-il préciser qui est un « vrai Fassi » aujourd’hui : non pas l’habitant de Fès, mais celui qui appartient à une dynastie de notables de la cité.

Armature du Makhzen

« Je suis de la troisième génération de Fassis casablancais, explique fièrement Kenza Berrada, 23 ans. Mais je me considère davantage fassie qu’un habitant actuel de Fès qui n’a pas mes origines. C’est dans mon ADN », ajoute la jeune femme, dont les quatre grands-parents sont d’impeccables Fassis.

Même si cette conception hiérarchique devient moins prégnante chez les jeunes, l’entre-soi, qui permet de consolider les alliances et de faire fructifier le capital familial, demeure la règle.

Point commun entre ces familles : elles ont toujours gravité autour du pouvoir. Chefs de guerre, serviteurs privilégiés du sérail, grands lettrés… Ils forment l’armature du Makhzen. Certains se sont tournés avec succès vers le commerce international, comme les Benjelloun, devenus des banquiers.

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D’autres ont investi le champ religieux, comme les Skalli, qui possèdent leur propre zaouïa et ont acquis une incontestable légitimité dans le domaine culturel.

Au XIXe siècle, une grande partie d’Ahl Fâs [les gens de Fès] migre vers Casablanca, devenue la capitale économique du Maroc. La ville d’origine est alors désertée par ses familles les plus connues, alors qu’une nouvelle population, venue du monde rural, s’y installe. Désormais, les riads déserts et les rues peu sûres témoignent du déclin de l’antique Fès, contrastant avec le prestige encore attaché à la cité et à ses illustres maisons.

La médina de Fès (au premier plan, la mosquée Al Quaraouiyine). © Lucas Vallecillos/Alamy/Photo12

La médina de Fès (au premier plan, la mosquée Al Quaraouiyine). © Lucas Vallecillos/Alamy/Photo12


Tous les épisodes de notre série :

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