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Jeune Afrique a sélectionné sept affaires criminelles qui marqué la chronique judiciaire. © Montage JA

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[Cold case] Ces crimes non élucidés qui ont défrayé la chronique

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Tunisie : derrière l’assassinat de Chokri Belaïd, l’ombre du scandale d’État

« Cold case » (1/7). Le 6 février 2013, Chokri Belaïd était assassiné en pleine rue. Près de dix ans plus tard, les exécutants ont été identifiés, mais pas les commanditaires, et le doute plane toujours sur la responsabilité du parti islamiste Ennahdha, au pouvoir au moment des faits.

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Par - à Tunis
Mis à jour le 12 juillet 2022 à 11:57

Manifestation organisée à l’occasion du 9e anniversaire de la mort de l’opposant Chokri Belaïd, à Tunis, le 6 février 2022. © Chedly Ben Ibrahim / NurPhoto via AFP

Le 6 février 2013. El Menzah 6, quartier résidentiel situé au nord de Tunis, s’éveille doucement. Chokri Belaïd est un avocat et un homme politique en vue très occupé et très sollicité. Il n’en apprécie que davantage le calme de ces débuts de journée et ces petits-déjeuners partagés avec ses filles. Depuis qu’il a divorcé, un mois plus tôt, le rituel est devenu plus rare, mais son ex-épouse et lui ont décidé de préserver Neirouz et Nada en maintenant un cadre familial apaisé. De temps à autre, il vient passer la nuit sous le même toit que Basma et les enfants.

Ennemi juré des islamistes

Depuis quelque temps, il se sait menacé. À Tunis, il passe pour l’ennemi juré des islamistes. N’a-t-il pas publiquement critiqué la percée de l’intégrisme en Tunisie, allant jusqu’à reprocher au parti Ennahdha (au pouvoir) sa complaisance à l’égard des mouvements extrémistes ?

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Un inspecteur des renseignements a en outre fait état d’une menace très sérieuse pesant sur un dirigeant de la gauche. Chokri Belaïd le sait. Pourtant, malgré les risques et le climat politique délétère, il ne veut pas se laisser impressionner. Tout juste a-t-il accepté de prendre quelques précautions supplémentaires en ne décidant qu’à la dernière minute l’horaire de certains de ses déplacements ou rendez-vous.

Ce 6 février, c’est Zied Tahri, un militant de son parti, qui doit venir le chercher en début de matinée. Chokri Belaïd a-t-il eu un pressentiment ? La veille, dans la soirée, rentrant chez Basma après avoir été l’invité vedette d’une émission de Nessma TV, il s’est fait déposer plus loin. Il a évité l’entrée principale et a pénétré à l’intérieur du bâtiment par une porte située à l’arrière et en partie dissimulée par les fourrés.

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Mais, ce matin-là, les assassins guettent. Il est 7h55. Cinq coups de feu sont tirés, trois atteignent le tribun. À 8h45, il décède aux urgences de la Clinique Ennasr, où il a été transporté.

Encore sous le choc, les rares témoins ne pourront en dire plus