Politique

États-Unis : avec Bill de Blasio, New York vire à gauche

Mis à jour le 3 octobre 2013 à 19:32

New York se choisit un nouveau maire le 5 novembre. Et c’est Bill de Blasio, un démocrate à la fibre très sociale, qui a toutes les chances de succéder au milliardaire Michael Bloomberg. Un article paru dans le J.A. n° 2751.

Mis à jour le 5/11.

Il sera probablement élu maire de New York, le 5 novembre. Bill de Blasio, 52 ans, qui a remporté la primaire du Parti démocrate dans cette ville, comptait selon plusieurs sondages quarante points d’avance sur son adversaire républicain. C’est un miraculé, auteur d’un improbable come-back. Situé très à gauche sur l’échiquier politique américain, il s’est longtemps traîné dans les sondages, loin derrière Christine Quinn, speaker du conseil municipal, et l’ancien parlementaire Anthony Weiner. Mais voilà, les vieux démons de ce dernier ont fini par le rattraper. Confondu une première fois en 2011, il a récemment été contraint d’admettre qu’il n’avait jamais renoncé à envoyer des textos salaces à des inconnues. Une vraie manie ! Quant à Quinn, elle a beaucoup pâti de sa proximité avec le maire sortant…

Mais de Blasio a un autre atout dans sa manche : sa famille, qu’il n’hésite pas à mettre en scène avec une habileté consommée. Sa femme, tout d’abord, Chirlane, née McCray, une poétesse noire qui, en 1979, avait avoué son homosexualité dans un article publié par une revue africaine-américaine (Essence). Elle a apparemment changé d’avis, mais n’exclut pas de retomber un jour amoureuse d’une femme. "Bill et moi formons un couple très peu conventionnel", commente-t-elle. En 1994, pour leur lune de miel, les tourtereaux avaient séjourné à Cuba, où les ressortissants américains ont théoriquement interdiction de se rendre.

Autre star de la campagne, Dante, le fils de Blasio, un adolescent de 15 ans dont la spectaculaire coupe afro a fait le buzz sur internet. Certains des spots électoraux télévisés où il apparaît ont été vus jusqu’au Texas. S’ajoutant à sa dénonciation des contrôles musclés pratiqués par la police new-yorkaise – le fameux stop and frisk, qui vise en premier lieu les minorités -, cette mise en scène a permis au candidat italo-américain de gagner le vote noir, alors que, lors de la primaire, il avait contre lui un candidat africain-américain.

Le seul à s’attaquer au bilan de Michael Bloomberg

Charismatique et un brin professoral, de Blasio est le seul candidat à attaquer de front le bilan du milliardaire Michael Bloomberg, qu’il qualifie, parodiant le titre d’un célèbre roman de Tom Wolfe (Le Bûcher des vanités), de "maire de toutes les vanités". Du coup, il est devenu le champion de tous ceux, et ils sont nombreux, qu’exaspèrent l’accroissement des inégalités et l’envolée des prix des loyers. Selon une étude récente, 1,7 million de New-Yorkais – 21,2 % de la population – vivaient en 2012 au-dessous du seuil de pauvreté, chiffre en constante augmentation. Les 5 % les plus riches gagnent quarante-neuf fois plus que les 5 % les moins favorisés.

Comme le martèle de Blasio, qui est l’actuel médiateur de la ville, il y a désormais deux New York, celui des riches et celui des pauvres. Et Bloomberg préfère construire des pistes cyclables et des zones piétonnes plutôt que de s’attaquer aux inégalités.

Une stratégie gagnante que de Blasio aurait, selon le New York Times, échafaudée… dans sa cuisine, dans laquelle il souhaitait tourner un spot publicitaire avec sa famille et qui s’était révélée trop exiguë. Des problèmes de logement, vraiment ? De Blasio a pourtant des amis fortunés, au premier rang desquels les époux Clinton, qui viennent d’ailleurs de lui apporter leur soutien. Il est vrai qu’avant de devenir conseiller municipal de Brooklyn (2002-2009) il avait, en 2000, dirigé la campagne victorieuse de Hillary Clinton, élue sénatrice de New York.

De Blasio, que son adversaire républicain dépeint comme un dangereux gauchiste – passionné par l’Amérique latine, il fut un fan de la révolution sandiniste au Nicaragua -, a fait savoir que, sitôt élu, il augmenterait les impôts des plus riches pour financer l’école maternelle pour tous à partir de 4 ans. Là, ce serait vraiment la fin de l’ère Bloomberg.