Culture

Musique ivoirienne : opération séduction pour Magic System

Mis à jour le 2 octobre 2013 à 16:31

Avec un septième disque en préparation qui fait la part belle aux sons traditionnels, le groupe ivoirien Magic System s’apprête à reconquérir un public africain quelque peu délaissé ces dernières années.

Ils le promettent, 2014 sera l’année de leur retour en Afrique. La critique est, il est vrai, devenue récurrente : Magic System se serait peu à peu transformé en un groupe enchaînant les chansons commerciales plus ou moins réussies – pourvu que cela plaise à un public majoritairement occidental. "Ces dernières années, nous avons beaucoup tourné et avons un peu délaissé le public africain, avec qui un lien a été presque coupé, admet A’salfo, leader du groupe. Aujourd’hui, nous voulons renouer avec ce public, qui nous a apporté son soutien dès nos débuts."

Pour soigner ce come-back, le célèbre quatuor ivoirien travaille sur un nouvel album dont la sortie est prévue en janvier 2014. Le septième, en près de dix-sept années de carrière. Des mois qu’ils le peaufinent. Comme en cette journée d’été où ils font découvrir en exclusivité à J.A. les treize titres qui devraient – certains sont encore provisoires – figurer sur le nouvel opus. Dans un studio du 18e arrondissement de Paris, ils arrivent très fatigués – ayant assuré un show à Alger la veille -, mais ils retrouvent rapidement le sourire, hochent la tête, et tapent discrètement des pieds à mesure que les titres défilent.

Le retour aux sources, aux rythmes, sonorités et instruments traditionnels est une évidence, notamment avec le très entêtant "Travailler", sur lequel A’salfo s’autorise des envolées vocales aussi inattendues que précises. "Woyo" est une déclaration d’amour au zouglou, ce genre musical ivoirien qui relate les réalités sociales et dont le groupe est l’une des figures de proue, notamment depuis le succès de 1er Gaou en 1999. "Zouglou, c’est pas coupé-décalé [un autre style musical ivoirien] qui peut t’effrayer", chantent-ils. Ni le "ndombolo [congolais]", ajoutent-ils, un brin provocateurs.

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Magic system, plus engagé

Bien sûr, il fallait aussi titiller la gent féminine ("Femme est forte")… Les "hommes" de Magic System expliquent alors, entre plusieurs éclats de rire : ""Femme est forte", c’est une expression ivoirienne qui veut dire que pour se protéger une femme peut beaucoup mentir." Et de plaisanter, dans le refrain : "On dit femme est forte… elle peut mettre un gorille dans un sachet !"

"Là où cet album est vraiment différent, presque en rupture avec les précédents, c’est qu’il est aussi plus engagé", assure l’un d’eux. Tout en restant dans les limites du "politiquement correct", bien sûr ! Les guerres, la famine, la faiblesse du système éducatif, mais aussi les réussites…Les quatre Ivoiriens ont voulu aborder le continent dans sa globalité, avec des chansons telles qu’"Africa", "Abidjan" ou encore "Tour du monde". "Ceux qui nous connaissent depuis longtemps savent que le Magic System "sérieux" a toujours existé. Peut-être qu’en France, cependant, cela pourra surprendre."

C’est ce que laissent en tout cas présager les réactions qui, en juin dernier, ont suivi la sortie française du premier et seul single de l’album Mamadou. Certains ont vu dans ce titre, qui entend dénoncer la précarité des sans-papiers et le mariage blanc, une occasion de renforcer les préjugés contre les immigrés. "Il y a même eu un vrai blocage au niveau de certaines télévisions et radios qui n’ont pas voulu passer la chanson, la trouvant trop communautariste", admet A’salfo.

L’expérience ne semble pourtant pas avoir découragé les Ivoiriens. Et si la France ne semble, pour le moment, pas encore prête pour un Magic System engagé, qu’en sera-t-il des différents pays africains – tels que le Burkina Faso, le Bénin, le Cameroun et, bien sûr, la Côte d’Ivoire -, où ils prévoient de se produire lors de leur prochaine tournée ? À suivre.