Société

États-Unis : le shutdown expliqué aux non-Américains

Mis à jour le 9 octobre 2013 à 12:44

« We are closed… » Les républicains ultra-conservateurs ont voulu retarder la mise en oeuvre de l' »Obamacare ». Les démocrates s’y opposant, le budget n’a pu être adopté. Et l’État fédéral est partiellement paralysé depuis une dizaine de jours.

Cette fois, c’est fait. Le gouvernement américain a officiellement fermé ses portes le 1er octobre. C’est un shutdown, comme on dit ici, le premier depuis 1996. Huit cent mille fonctionnaires se retrouvent au chômage et plus de un million d’autres travaillent sans être payés.

Depuis, à Washington, capitale fédérale devenue "irrationnelle et orwellienne", comme le dit Harry Reid, le leader démocrate au Sénat, le parti de l’âne et celui de l’éléphant tentent de se refiler la patate chaude. Les parlementaires avaient en effet jusqu’au 30 septembre, à minuit, pour s’accorder sur un budget provisoire (aux États-Unis, l’exercice budgétaire commence le 1er octobre) et empêcher une paralysie partielle de l’État.

Le Tea Party contre Obamacare

Mais voilà, le jeu de massacre politique est cette fois allé à son terme, alors que, le 31 décembre 2012, le pire avait été évité de justesse, un accord ayant été conclu in extremis entre le Sénat démocrate et la Chambre des représentants républicaine.

Les élus ultra-conservateurs du Tea Party subordonnent en effet tout accord budgétaire au report de un an de la loi sur l’assurance-maladie, la fameuse "Obamacare", pourtant votée en 2010. Un chantage que les démocrates, et Barack Obama en premier lieu, jugent inacceptable. Ladite loi est d’ailleurs entrée dans une phase cruciale, ce 1er octobre, avec le début de l’inscription sur un site gouvernemental de millions d’Américains dépourvus d’assurance-maladie – ce qui leur permettra de bénéficier d’une couverture à partir du 1er janvier 2014.

Pour les républicains les plus conservateurs, l’Obamacare est devenue une véritable obsession. Une névrose paranoïde. On agite le chiffon rouge, ils foncent. C’est le cas de Ted Cruz, sénateur du Texas et héros du Tea Party, qui, au Sénat, a péroré contre la loi pendant plus de vingt heures, presque sans interruption ! Deux jours auparavant, Reid avait quant à lui fait fermer les portes de l’assemblée au nez et à la barbe des républicains pour les contraindre à un accord. En vain. On l’aura compris : l’affaire tourne au grand n’importe quoi.

Du département de la Défense à l’Agence de protection de l’environnement, tous les services fédéraux ont réduit leurs effectifs au strict minimum. Une véritable "automutilation", a commenté Obama. Seuls ont été épargnés les personnels jugés essentiels comme les contrôleurs aériens, les 16 000 agents du FBI ou le 1,3 million de militaires. Pour l’instant, c’est le secteur du tourisme qui est le plus gravement touché, avec la fermeture de tous les parcs naturels, notamment le Grand Canyon. Mais les monuments ne sont pas épargnés. À Washington, le Lincoln Memorial est fermé au public. Et la statue de la Liberté, à New York, aussi. Faute de bateaux, il n’est plus possible de visiter la prison d’Alcatraz, au large de San Francisco…

Ironie de l’affaire, le personnel nécessaire à la mise en oeuvre de l’Obamacare n’est pas touché par le shutdown. Et les parlementaires, considérés à tort ou à raison comme des personnels essentiels, continuent d’être payés !

Une prise d’otage par les conservateurs jugée suicidaire

Largement responsable de cette gabegie, le Grand Old Party est au bord de l’implosion. Un nombre croissant de républicains jugent suicidaire cette prise d’otage par les ultra-conservateurs. L’un d’eux a même comparé les membres du Tea Party à des lemmings, ces rongeurs accoutumés à se jeter du haut des falaises…

Pour l’heure, aucun règlement n’est en vue. Et les acteurs de ce mauvais feuilleton se préparent au véritable combat. Celui qui, dans quelques semaines au Congrès, opposera démocrates et républicains à propos du relèvement du plafond de la dette. Les conséquences d’un éventuel échec seraient, de l’aveu même du secrétaire au Trésor, "catastrophiques". Et le shutdown apparaîtrait alors comme une anicroche sans grande conséquence.