Politique

Maroc : Salaheddine Mezouar, le meilleur ennemi du PJD

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À l'âge de 60 ans, Salaheddine Mezouar devient ministre marocain des Affaires étrangères.

À l'âge de 60 ans, Salaheddine Mezouar devient ministre marocain des Affaires étrangères. © Hassan Ouazzani pour J.A.

Il était leur adversaire, le voici leur allié. Le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI), Salaheddine Mezouar, tire les islamistes d’un mauvais pas en entrant dans le nouveau gouvernement marocain. À ses conditions.

Salaheddine Mezouar tient sa revanche. Près de deux ans après l’échec électoral cinglant de sa coalition face aux islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), le chef du Rassemblement national des indépendants (RNI) a obtenu huit portefeuilles dans le second gouvernement d’Abdelilah Benkirane qui a prêté serment le 10 octobre.

Les marchandages ont duré trois mois depuis que les six ministres de l’Istiqlal du précédent gouvernement ont claqué la porte début juillet, faisant peser la menace d’élections anticipées. Conclu à la veille de la rentrée parlementaire, l’accord donne au RNI les portefeuilles stratégiques des Finances, de l’Industrie et des Affaires étrangères, ce dernier revenant à Mezouar, dont l’expérience, en ce domaine, reste à construire. Une concession pour celui qui, à 60 ans, lorgnait le poste de grand argentier, qu’il a occupé entre 2007 et 2012, après avoir dirigé pendant trois ans le ministère de l’Industrie, du Commerce et de la mise à niveau de l’Économie.

Issu du secteur privé, cet ancien basketteur né à Meknès est un meneur d’hommes, entré au comité central du RNI très vite après avoir rejoint le parti, en 2002. Il obtiendra son premier ministère deux ans plus tard. Ambitieux, il ne cible que les instances de direction. À la tête du "mouvement des réformateurs", il a ravi en 2010 la présidence du RNI à Mustapha Mansouri, au terme d’une campagne parfois qualifiée de "­putschiste".

Si, étudiant, Mezouar militait à l’extrême gauche, le zaïm du RNI se révèle un libéral de centre droit pragmatique.

Réélu à la tête du RNI en avril 2012, il s’attelle depuis à réformer ce parti "de notables et de technocrates" pour l’ouvrir aux jeunes, aux femmes, et l’ancrer dans le territoire. Si, étudiant, Mezouar militait à l’extrême gauche, le zaïm du RNI se révèle un libéral de centre droit pragmatique, n’hésitant pas à s’associer au PJD qu’il fustigeait hier. "Comment peut-on s’allier avec des partis aux projets et principes diamétralement opposés à ceux du RNI ?" demandait-il en 2009. En mars 2013, près d’un an et demi après sa défaite et la victoire du PJD aux législatives, il assénait : "L’exécutif Benkirane est le plus mauvais gouvernement de l’histoire du pays." Un jugement qu’il ne réservera sans doute pas à la nouvelle équipe de Benkirane, dont sa formation est devenue une pièce maîtresse.

Une "défaite politique" pour le PJD

De son côté, le PJD lui a rendu coup pour coup – avant de voir en lui l’homme providentiel qui allait sauver son gouvernement. "Comment voulez-vous que les Marocains accordent leur confiance à quelqu’un comme vous ?" lui avait lancé Benkirane en novembre 2011.

À présent, ses anciens adversaires islamistes seraient sans doute moins prompts à lui rappeler les primes qu’il s’était versées au ministère des Finances ou à l’accuser d’être inféodé à Ilyas El Omari et à Fouad Ali El Himma du Parti Authenticité et Modernité (PAM), dont le RNI est proche. "Benkirane aura à gérer un gouvernement en deux blocs. C’est une défaite politique pour le PJD, qui va devoir rendre des comptes à sa base, réticente à l’égard de cette alliance", analyse Brahim Fassi Fihri, du think tank Amadeus. Un observateur de la politique marocaine va plus loin : "Le PJD est mis en minorité. Mezouar et le RNI n’ont qu’une marge de manoeuvre très relative par rapport au Palais. C’est à nouveau le roi qui gouverne." 

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