Politique

États-Unis : les exclus de l’Obamacare

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Le sénateur Ted Cruz, le 25 septembre à Washington.

Le sénateur Ted Cruz, le 25 septembre à Washington. © Jim Watson/AFP

La Cour suprême et les États conservateurs du Sud ont conjugué leurs efforts pour empêcher de nombreux Africains-Américains de bénéficier d’une couverture maladie.

La vraie bataille de l’Obamacare a commencé. Désormais, tous les coups sont permis. Alors que la loi est entrée dans une phase critique avec la mise en place d’un site fédéral où les Américains non assurés peuvent s’inscrire pour bénéficier d’une couverture médicale, les républicains les plus conservateurs ont obtenu la fermeture (shutdown) du gouvernement fédéral : ils subordonnaient tout accord budgétaire au report d’un an de la mise en œuvre de l’Obamacare.

Pour la frange la plus droitière de la société américaine, l’abrogation de la loi tourne à l’obsession. C’est le cas pour les allumés du Tea Party emmenés par le sénateur Ted Cruz, mais aussi pour quelques richissimes financiers qui n’hésitent pas à engloutir dans cette campagne des millions de dollars. Les plus connus sont les frères Charles et David Koch, récemment dénoncés par Barack Obama. Leurs armes ? Les spots publicitaires d’un goût douteux dénonçant l’immixtion de l’État dans un secteur où il n’a, selon eux, rien à faire : la santé. Le dernier en date montre par exemple l’oncle Sam surgissant d’entre les cuisses d’une femme, dans un cabinet de gynécologie…

Il faut admettre que la mise en œuvre un peu chaotique de la loi n’arrange pas les choses. Les bugs informatiques, en effet, se multiplient. À cause du shutdown, bien sûr, mais aussi du nombre considérable d’utilisateurs potentiels : 50 millions d’Américains sont dépourvus de toute assurance.

Ces ratés sont pain bénit pour les républicains. Et, comme toujours en Amérique, la question raciale n’est jamais très loin. Le New York Times a révélé récemment qu’un certain nombre d’Américains, parmi lesquels beaucoup de Noirs, étaient exclus du bénéfice de l’Obamacare, alors que cette communauté compte, en proportion, le plus grand nombre de personnes dépourvues de couverture médicale.

Une extention d’assurance jugée facultative

La raison de cette anomalie est à rechercher dans une décision de la Cour suprême datant de 2012. Celle-ci a certes validé la loi, mais en a fragilisé un élément essentiel. Pour couvrir tous les Américains non assurés, l’administration démocrate avait prévu d’allouer aux États des fonds fédéraux pour les aider à étendre le champ d’application de Medicaid, l’assurance maladie pour les plus démunis. Or la Cour suprême, où les conservateurs sont majoritaires, a décidé qu’une telle extension était facultative. Résultat : seuls la moitié des États y ont procédé – et aucun dans le Sud profond, hormis l’Arkansas. Six Noirs sur dix vivent donc dans des États qui ont décidé de ne pas étendre Medicaid. Dans le Mississippi, 56 % des adultes pauvres et sans assurance sont des Africains-Américains, alors que ces derniers ne représentent que 38 % de la population totale.

>> Lire aussi : Assurance santé : la victoire en trompe-l’oeil d’Obama

À en croire certains, tout cela s’expliquerait par les réticences des Blancs à financer des programmes qui bénéficient en priorité aux Noirs. L’Obamacare divise décidément l’Amérique. Et ne donne pas forcément d’elle une image très sympathique.

Le cow-boy et les pancakes

Ted Cruz l’a confié à ses collègues sénateurs, fin septembre : il raffole des hamburgers et des pancakes que lui cuisinait son père, mais abhorre les politiciens de Washington et leurs costumes bon marché. Aucun intérêt ? Non, bien sûr, mais sa diatribe contre l’Obamacare ayant duré vingt et une heures, il lui a bien fallu meubler ! Alors, au passage, il a aussi comparé les sénateurs favorables à la loi à des nazis… Avec sa gueule de cow-boy mélancolique, Cruz (42 ans) est un héros du Tea Party. Depuis son élection en 2012, il a acquis une énorme influence, au point que nombre de républicains sont convaincus qu’il est le seul à détenir la clé pour sortir du shutdown. Et ils en font leur favori pour la primaire de 2016.

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