Cinéma

« Omar », Palestinien à 100 %

Hany Abu-Assad et l'équipe du film, prix du jury de la sélection Un certain regard, à Cannes.

Hany Abu-Assad et l'équipe du film, prix du jury de la sélection Un certain regard, à Cannes. © AFP photo/Alery Hache

Thriller politique, film d’espionnage ou histoire d’amour… Le dernier long-métrage de Hany Abu-Assad est tout cela à la fois. En toile de fond l’inévitable conflit avec l’État hébreu.

S’il est bien un sujet qui revient très régulièrement sur le grand écran, c’est celui-là : le conflit israélo-palestinien. Le plus souvent les réalisateurs sont des Israéliens, mais il arrive parfois que des Palestiniens prennent la caméra. Comme l’a fait en 2012 l’actrice Hiam Abbass avec Héritage ou en 2011 Emad Burnat avec Cinq Caméras brisées. Omar, de Hany Abu-Assad, ne serait-il donc qu’un film de plus sur ce thème ?

Aucunement. Et pas seulement en raison de sa qualité, saluée par un prix du jury dans la section officielle Un certain regard lors du dernier Festival de Cannes, où il était le seul film du monde arabe sélectionné. Car il s’agit là, et Hany Abu-Assad n’en est pas peu fier quand il le dit, du "premier film de fiction 100 % palestinien jamais réalisé". Omar a non seulement été produit grâce à des investisseurs palestiniens, mais a également été tourné avec une équipe technique très majoritairement issue des territoires occupés.

Hany Abu-Assad a vu le jour à Nazareth en 1961 et a émigré à l’âge de 19 ans aux Pays-Bas. "Mais je suis revenu vivre dans ma ville natale, définitivement", tient-il à préciser, avant d’écrire puis de tourner ce film dans des décors naturels en Palestine. "J’ai eu l’idée de ce long-métrage après avoir pris le thé à Ramallah avec un ami qui m’a raconté comment il avait été approché par un agent du Shin Beth qui semblait tout savoir de lui, y compris sur sa vie privée. Il a alors tenté de l’obliger à collaborer avec les services de renseignements sous peine de ruiner sa réputation", confie-t-il.

Omar, personnage éponyme, apparaît dès la première scène. Il escalade avec agilité et en un temps record le mur de séparation entre la Cisjordanie, où il habite avec sa famille, et l’État juif. Car ce mur qui a coupé son village en deux l’a surtout arraché à la fois à Nadia, la jeune fille dont il est éperdument amoureux, et à ses deux amis d’enfance, Tarek – le frère de Nadia – et Amjad. Avec ces deux derniers, il décide de mener une action de résistance en attaquant un poste militaire, ce qui se traduit par la mort d’un soldat, tué d’un coup de fusil. L’affaire prend vite de l’ampleur : les services de sécurité de Tel-Aviv considèrent qu’il faut arrêter à tout prix et au plus vite les auteurs de l’opération.

Omar est bientôt appréhendé. Et l’officier du Shin Beth qui se charge de son interrogatoire lui propose un marché : soit il refuse de collaborer avec lui et de dénoncer ses camarades, et alors on lui imputera l’"assassinat" du soldat et on le condamnera à quatre-vingt-dix ans de prison ; soit il accepte et on le libérera à condition qu’il continue à servir d’informateur.

Le film prend alors des allures de thriller – un thriller fort réussi – autant que celles d’une oeuvre politique ou d’une histoire d’amour. Et c’est ce à quoi tenait Hany Abu-Assad, déjà auteur il y a huit ans d’un film très remarqué sur des kamikazes palestiniens (Paradise Now), qui entend, dit-il, avant tout "captiver le spectateur". La portée politique ou psychologique du film – notamment à travers le portrait des personnages et la description saisissante de la situation dans les territoires occupés – n’en sera que renforcée, pense-t-il à raison. Comme dans les films de son auteur favori, Costa-Gavras.

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