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Qui veut la manne de Pékin ?

Inauguration du bureau du Fonds de développement sino-africain en Ethiopie.

Inauguration du bureau du Fonds de développement sino-africain en Ethiopie. © Gov.cn

Le Fonds de développement sino-africain (CADF) compte lever 2 milliards de dollars. Et cette fois-ci, les groupes chinois ne seront pas les seules cibles de ses investissements.

Inconnu ou presque de la communauté financière internationale, le Fonds de développement sino-africain (CADF) n’en est pas moins un poids lourd en Afrique. Depuis sa création en 2007, ce véhicule consacré à l’investissement minoritaire en fonds propres a déjà financé plus de 70 entreprises dans une trentaine de pays du continent. Doté de 3 milliards de dollars (environ 2,2 milliards d’euros), il vient de déclarer vouloir lever 2 milliards de dollars supplémentaires en 2014.

Belles opérations

Une force de frappe immense dans le monde du capital-investissement africain, où les plus grands des fonds privés ou publics gèrent au mieux 2 milliards de dollars. Mais le CADF a des avantages certains : d’un côté, le soutien de son principal actionnaire, la puissante China Development Bank (CDB, institution publique), qui lui a apporté les 3 milliards de capital de départ, puisés dans les immenses réserves de change du pays ; de l’autre, la place de choix qui lui est réservée auprès des entreprises chinoises en Afrique.

Désormais la Chine n’exporte plus seulement ses produits mais aussi des capitaux

Résultat, il a conclu quelques belles opérations : l’accompagnement en Éthiopie de Huajian Group, un fabricant de chaussures, dans le cadre de la mise en place d’un pôle manufacturier près d’Addis-Abeba ; l’injection de 30 millions de dollars dans Africa World Airlines, une coentreprise ghanéenne entre Hainan Airlines et des investisseurs locaux ; la participation à hauteur de 13,7 % au capital de Zimasco, un producteur de ferrochrome au Zimbabwe ; l’apport de 12 millions de dollars à Shanxi Tianli Enterprise Group pour l’aider à financer un investissement dans le coton malgache ; ou encore les 150 millions de dollars investis dans le groupe StarTimes pour fournir des services de télévision numérique dans treize pays d’Afrique.

Démarche fermée

Sur le papier, tout cela constitue un beau portefeuille pour un fonds qui évolue pourtant en marge du monde financier, comme en témoigne un cadre d’une agence de développement européenne, joint par Jeune Afrique, qui explique n’avoir jamais été amené à travailler avec le CADF.

Mais cela pourrait changer. « Nous les suivions de loin car ils avaient une démarche plutôt fermée, explique un professionnel du capital-investissement africain. Désormais, nous les connaissons directement et réfléchissons à la manière dont nous pourrions travailler avec eux. Plus largement, nous devons convaincre les entreprises chinoises en Afrique, qui n’ont pas vraiment de besoins capitalistiques, de s’ouvrir à des fonds pour améliorer leurs pratiques en matière de gouvernance et de management. »

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Côté chinois, cette ouverture n’est pas fortuite. « Traditionnellement, nous nous associons avec des compagnies chinoises car nous avons été créés pour inciter ces entreprises à investir en Afrique. Mais désormais, nous sommes ouverts à la possibilité de coopérer avec des entreprises non chinoises. Nous avons cette volonté d’explorer de nouvelles alternatives », affirme Nick Fan, conseiller auprès de Chi Jianxin, le président du CADF.

Diversification

Pour le fonds chinois, l’enjeu est double. D’une part, il s’agit de diversifier un portefeuille d’investissement très exposé aux mines (une vingtaine de projets). D’autre part, il lui faut convaincre d’éventuels souscripteurs de sa capacité à trouver des projets viables et déconnectés d’éventuelles interférences politiques. Car malgré une indépendance de façade, la filiale de la CDB est dirigée par un comité de pilotage qui s’implique dans des questions « sensibles » sur le plan diplomatique et comprend des représentants de plusieurs ministères chinois.

Désormais incontournable, le CADF participe en tout cas d’une tendance de fond pour la Chine en Afrique : le passage de l’exportation de produits à celle de capitaux.

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