Politique

Africains morts en Ukraine : « tirailleurs » ou « mercenaires » ?

Moscou et Kiev se livrent à une bataille de communication sur le nombre et le statut de ressortissants du continent décédés sur le front de l’Est européen.

Mis à jour le 24 juin 2022 à 14:24
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

Qui manipule cette Afrique que d’aucuns voudraient présenter comme naïve face aux soubresauts actuels de l’ordre mondial ? Pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui s’adressait, lundi, à l’Union africaine, l’Afrique serait « l’otage » influençable d’une Russie qui tente d’agiter le spectre d’une famine qu’elle contribue à créer par le blocus des exportations de céréales de l’Ukraine.

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Pour le régime de Vladimir Poutine, à l’inverse, certains Africains seraient devenus les marionnettes subsahariennes de la marionnette ukrainienne des Occidentaux. L’armée russe en veut pour preuve les combattants africains qu’elle déclare avoir neutralisés en Ukraine, à la suite des appels à rallier l’armée ukrainienne diffusés via les réseaux sociaux des ambassades ukrainiennes en Afrique, quelques jours à peine après le lancement de l’invasion de l’armée russe.

Matière à propagande des deux côtés

Si l’engagement individuel de ressortissants africains ne changera pas la face du conflit – les Polonais domineraient la « brigade internationale » –, tout est matière à propagande pour les deux parties du conflit. Et le Kremlin joue les funambules sur cette étroite ligne de crête : à la fois la Russie tient à souligner la mort d’Africains au combat – pour dissuader ses « amis » du continent à s’enrôler davantage –, à la fois elle minimise la quantité d’engagés dont il est question.

Si Kiev revendique 20 000 ralliements internationaux, toutes origines géographiques confondues, Moscou n’en reconnaît que 7 000 et affirme que ses forces armées auraient tué près de 2 000 engagés. En ce qui concerne l’Afrique, les statistiques russes soutiennent qu’une quinzaine de Sénégalais seraient partis en Ukraine et que quatre de ces combattants seraient morts au combat. Quelque 85 Nigérians auraient rejoint ce front et près de la moitié y aurait laissé la vie.

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Au-delà des comptes d’apothicaire difficiles à vérifier dans l’océan des fake news, les belligérants choisissent les qualificatifs qui les arrangent. Pour l’Ukraine agressée, les « brigadiers internationaux » sont des combattants de la liberté et citoyens du monde, des sortes de nouveaux tirailleurs mus par un idéal politique. La Russie, à dessein, parle plutôt de « mercenaires ». Primo, le terme évoque davantage l’appât du gain que l’adhésion idéologique à la cause ukrainienne. Secundo, lorsqu’il est capturé, un mercenaire ne bénéficie pas du statut de prisonnier de guerre. C’est ainsi que les séparatistes russes de la zone ukrainienne de Donetsk ont récemment condamné à mort deux Britanniques et un Marocain engagés aux côtés des forces de Kiev. De quoi dissuader de nouvelles vocations africaines ?