Politique

Mozambique : Frelimo et Renamo, rien ne va plus

Le divorce et sur le point d’être prononcé entre le Frelimo (au pouvoir) et les ex-rebelles de la Renamo, qui regagnent le maquis. À l’origine de la brouille : une série de frustrations électorales et un insuffisant partage des richesses au Mozambique.

Mis à jour le 31 octobre 2013 à 15:35

Afonso Dhlakama était candidat en 2009. Aujourd’hui, il dénonce l’accord de paix de 1992. © Grant Neuenburg/Reuters

Quinze ans de guerre civile (1977-1992), un million de morts… On croyait que le Mozambique en avait fini avec ses démons. Mais les nouveaux accrochages entre l’armée et les ex-rebelles de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), dans la province centrale de Sofala, prouvent le contraire.

En réalité, voilà un an qu’Afonso Dhlakama, le chef de la Renamo, a repris le maquis dans la Serra da Gorongosa, à 250 km du grand port de Beira. Depuis avril, ses quelque quatre cents guérilleros harcèlent les axes routiers de la région. Le 21 octobre, l’armée a attaqué son quartier général à l’arme lourde. Dhlakama s’est enfui dans la montagne et dénonce à présent l’accord de paix de 1992. À 60 ans, l’inusable rebelle défie à nouveau les anciens marxistes du Front de libération du Mozambique (Frelimo), qui tiennent le pays depuis l’indépendance, en 1975.

>> Lire aussi : La tension monte entre les ex-rebelles de la Renamo et l’armée

S’agit-il des derniers soubresauts d’un dinosaure de la guerre froide ? Pas si simple. Depuis le retour de la paix, le Frelimo gagne toutes les élections avec des scores sans appel : entre 70 et 80 % des voix. Comme l’Unita en Angola, la Renamo crie à la fraude massive. Vrai ou faux ? Il est sûr en tout cas que les fonctionnaires désireux de faire carrière doivent adhérer au Frelimo et, depuis l’assassinat du journaliste d’investigation Carlos Cardoso en pleine rue à Maputo en novembre 2000, la presse se tient coite. En 2005, au terme de deux mandats, le président Joaquim Chissano a quitté le pouvoir… et reçu le très sélectif prix Mo-Ibrahim. Mais Armando Guebuza, son successeur, s’appuie sur le parti pour diriger le pays d’une main de fer.

"S’il le faut, nous détruirons le Mozambique"

La frustration de la Renamo est d’autant plus forte que l’État mozambicain est devenu un gâteau fort appétissant. Dans le centre-nord du pays, les mines de charbon sont exploitées par deux des trois plus gros groupes miniers du monde, l’anglo-australien Rio Tinto et le brésilien Vale. Offshore, d’immenses réserves de gaz attirent les plus grandes compagnies de la planète, comme l’italienne ENI et la China National Petroleum Corporation (CNPC). Avec un taux de croissance annuel de 7 %, le pays voit naître de belles fortunes. Les cadres de la Renamo enragent de ne pas être conviés au festin. Depuis des années, ils réclament une réforme de la Commission nationale des élections, dont les deux tiers des membres sont pro-Frelimo. Mais le pouvoir se montre intraitable.

Après quatre échecs (1994, 1999, 2004, 2009), la Renamo veut aller aux élections d’octobre 2014 avec une chance de gagner. D’où cette menace de Dhlakama : "J’entraîne des hommes et, s’il le faut, nous détruirons le Mozambique." Évidemment, depuis qu’elle a perdu le soutien du régime d’apartheid en Afrique du Sud, la Renamo n’est plus en mesure de mener une guerre totale. Mais, de l’avis général, le Frelimo ferait bien de partager un peu les parts du gâteau…