Politique

Tunisie : ce qu’il faut savoir sur Sadok Belaïd, président de la commission pour la nouvelle République

Le doyen des doyens de la faculté des sciences juridiques de Tunis, Sadok Belaïd, a remis au président Kaïs Saïed, le 20 juin, une première mouture de la future Constitution en vue du référendum du 25 juillet.

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Par - à Tunis
Mis à jour le 22 juin 2022 à 18:02

Sadok Belaïd (à dr.) remettant au président Kaïs Saïed son projet de Constitution, le 20 juin. © Tunisian Presidency Press Service

  • Nommé à 83 ans président-coordinateur de l’Instance nationale consultative pour une Nouvelle République chargée de produire une Constitution, Sadok Belaïd écume les médias. Rarement sollicité depuis 2016, le juriste a connu une traversée du désert après avoir sévèrement critiqué la conduite des affaires par le président défunt Béji Caïd Essebsi, dont il fut un temps proche.
  • Sadok Belaïd n’a pas ménagé le président Kaïs Saïed avant sa nomination. « Le chef de l’État est incapable de produire un modèle de relance équilibrée et cohérente capable de sortir le pays de la crise », déclarait-il avec assurance aux médias en mars 2022. Curieusement, le locataire de Carthage n’en a pas pris ombrage et lui a confié l’approche préparatoire de la loi fondamentale.
  • Celui qui aurait pu continuer de couler une retraite tranquille au Mornag, dans la banlieue de Tunis, dirige le trio de juristes qu’il forme avec l’ancien doyen Mohamed Salah Ben Aïssa et le professeur Amine Mahfoudh, et que le président Kaïs Saïed a chargé, en mars 2021, de trouver un moyen juridique de mettre fin au régime parlementaire. Tous trois ont en commun une aversion pour le mouvement islamiste Ennahdha, mais Sadok Belaïd est certainement le plus virulent. Si l’on en croit certaines fuites et les déclarations de Sadok Belaïd, la référence à l’islam ne semble pas être centrale dans le projet de Constitution, mais il n’est pas dit que Kaïs Saïed, bien plus conservateur, valide cette mouture, contrairement à ce qui a pu être annoncé par des médias étrangers.
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  • De nombreuses organisations et personnalités ont refusé de siéger au sein de l’instance consultative. Sadok Belaïd a donc dû puiser parmi ses relations et fait appel à Mustapha Zaanouni, brillant ministre du Plan dans les années 1970, et à Ahmed Friaa, dont les compétences scientifiques ne font pas oublier qu’il a été le dernier ministre de l’Intérieur de Ben Ali, alors que l’ancien régime était en train de sombrer.
  • Le vétéran des juristes, qui préfère s’exprimer en français, distille avec parcimonie des éléments sur le contenu d’une loi fondamentale qu’il présente comme révolutionnaire. Il laisse ainsi entendre que la nouvelle Constitution accordera de très larges prérogatives au président et abolira la séparation des pouvoirs au profit d’un concept de gouvernance spécifiquement tunisien : une instance de gouvernance au lieu d’un gouvernement, un secteur judiciaire placé sous le contrôle de l’exécutif et un Parlement qui se contentera de promulguer les lois.
  • Originaire de Ksar Hellal (Sahel), Sadok Belaïd est volontiers prolixe, sauf quand il s’agit de sa personne. Issu d’une famille de la classe moyenne, il a poursuivi ses études de droit à Paris et a été l’un des plus jeunes agrégés de droit tunisiens. Ce titre lui a valu d’être désigné, en 1971, doyen de la faculté de droit et des sciences politiques de Tunis. Kaïs Saïed a d’ailleurs rencontré Sadok Belaïd par le biais de son mentor, Abdelfattah Amor, lui aussi natif de Ksar Hellal et proche de l’ex-dictateur tunisien.
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  • Respecté par ses anciens disciples, il a un temps préféré les ors du pouvoir à la faculté. Conseiller personnel et exclusif de l’ancien Premier ministre Hédi Nouira, il a représenté, en 1978, avec des diplomates tunisiens, la Tunisie devant la Cour internationale de justice dans l’affaire de la délimitation du plateau continental qui opposait la Tunisie à la Jamahiriya arabe libyenne. L’issue a été défavorable à la Tunisie, qui pensait accéder à de nouvelles ressources pétrolières.
  • Après avoir participé à la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, conduite par son homologue Yadh Ben Achour, il se présente à la Constituante en 2011 et propose un avant-projet de Constitution. Mais la liste indépendante qu’il conduit sur la circonscription de Ben Arous (sud de Tunis) ne rencontre pas le succès escompté.
  • Depuis, Sadok Belaïd ne se risque plus en politique et se trouve plus à son aise en tant qu’éminent juriste régulièrement consulté. Un rôle de sage mais aussi de courtisan qu’il assume quel que soit le régime. Après la période Nouira, il a participé activement à la révision de la Constitution de 2002, qui a donné lieu à un référendum et permis au président Ben Ali de se représenter sans limite de mandat.