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Algérie : Djamel Ould Abbès a-t-il détourné un don aux familles des victimes du terrorisme ?

Purgeant déjà une peine de huit ans de prison, l’ex-patron du FLN devait être rejugé ce 22 juin pour une affaire de détournement de dons. Mais son hospitalisation a conduit la justice à différer son procès.

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Par - à Alger
Mis à jour le 22 juin 2022 à 16:26

Djamel Ould Abbès, ancien patron du Front de libération nationale (FLN). © Billal Bensalem/NurPhoto via AFP

Alors qu’il purge depuis juillet 2019 une peine de huit ans de prison, l’ancien ministre de la Solidarité nationale (de 2003 à 2010) et ex-secrétaire général du FLN Djamel Ould Abbès, 89 ans devra à nouveau être jugé pour blanchiment d’argent et détournement de deniers publics.

Le  procès, qui devait s’ouvrir ce mercredi 22 juin au tribunal de Sidi M’hamed, a été reporté au 6 juillet en raison de son hospitalisation, depuis une semaine, au pavillon réservé aux détenus de l’hôpital Mustapha-Pacha d’Alger « pour diverses maladies liées à son âge qui nécessitent des examens médicaux », indique sa défense.

Djamel Ould Abbès devra s’expliquer cette fois sur l’utilisation d’un don koweitien de 5 millions de dollars remis à l’ex-chef de l’État Abdelaziz Bouteflika au début de l’année 2000 au profit des familles des victimes du terrorisme.

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La présidence avait chargé à l’époque l’ancien ministre de la Solidarité de verser le chèque sur un compte spécial réservé auxdites familles « en vue de l’affecter à des projets de construction de logements », a précisé Djamel Ould Abbès devant la justice.

Transferts de fonds

Ce capital déposé dans une banque publique a généré 450 000 dollars d’intérêts. Au juge d’instruction de la 5e chambre du pôle économique et financier, Djamel Ould Abbès certifie que Abdelaziz Bouteflika lui a demandé une année plus tard la restitution de la somme. Ce qu’il a fait, sans savoir, assure-t-il, quelle en serait la destination.

« En revanche, confie son avocat, Djamel Ould Abbès a rattaché les 450 000 dollars d’intérêts à un compte d’une association qu’il présidait depuis 1980. » À savoir l’Union médicale algérienne. Par la suite, il cacha l’argent liquide dans le coffre bancaire personnel qu’il louait.

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« Cette somme a été découverte de manière surprenante lorsque les services de sécurité ont commencé à traquer les coffres bancaires des oligarques. Ce jour-là, la police menait des investigations sur les frères Kouninef. Ils n’ont rien trouvé les concernant, mais le directeur de la banque les a informés que Djamel Ould Abbès avait en revanche un coffre bancaire qui contenaient, en plus des 450 000 dollars, 4 millions de dinars (26 000 euros) », précise son avocat.

Biens confisqués

Comment Djamel Ould Abbès a-t-il pu encaisser les 450 000 dollars d’intérêts d’un chèque bancaire qui n’était pas libellé à son nom ? « Tout était possible à l’époque, répond la défense de l’ex-ministre de la Solidarité nationale. Les responsables ne se préoccupaient pas du respect des procédures. » Ses avocats comptent solliciter la clémence du tribunal – une peine avec sursis – compte tenu de l’âge du prévenu.

En revanche, affirme la même source, Djamel Ould Abbès « n’échappera pas à la confiscation de ses biens. C’est déjà une sanction », estime-t-elle. L’ex-secrétaire général du FLN (2016-2019) a déjà été condamné pour le détournement de près de 2 milliards de dinars (13 millions d’euros) destinés à la solidarité nationale. Toujours selon le même mode opératoire : des subventions accordées à ses associations, sans lien avec la solidarité nationale – l’Union médicale algérienne, mais aussi l’Association des médecins d’urgence.

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« Ces associations fonctionnaient comme des banques. On y déposait de l’argent, et puis on le dépensait sans comptabilité », a ironisé le procureur de la République lors de son réquisitoire durant le procès de 2020. Il y a deux ans, Djamel Ould Abbès avait également été condamné dans le cadre d’une autre affaire, qui remonte à 2008 : 1 200 ordinateurs d’une valeur de 860 millions de dinars, destinés aux lauréats du bac, ont été finalement offerts à des hauts responsables de l’État, avait alors révélé l’enquête judiciaire.

Si Djamel Ould Abbès ne nie pas tous ces faits, il ne s’estime pas coupable, considérant avoir été « injustement traîné devant les tribunaux. Il pense avoir agi dans le cadre de la ligne tracée par l’ex-président Bouteflika d’instaurer à tout prix la paix sociale », plaide sa défense, qui s’alarme de la détérioration de son état de santé.