Santé

Santé : l’Afrique handicapée

Par

Le Pr Edmond Bertrand est Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan, membre correspondant de l’Académie française de médecine. Il a exercé pendant trente ans en Afrique dans les centres ruraux, les hôpitaux régionaux et les CHU.

AVC… C’est un sigle qui apparaît souvent dans l’actualité, notamment quand des chefs d’État africains en sont atteints et sont soignés à Paris ou à Londres. Chacun sait qu’on peut mourir d’un accident vasculaire cérébral ou en garder des handicaps physiques ou intellectuels invalidants. On peut aussi en "guérir" avec un minimum de séquelles, en particulier quand on est pris en charge en moins de trois heures (quatre heures trente à la limite) dans un centre neuro-vasculaire (CNV), ou Stroke Center.

Les CNV disposent vingt-quatre heures sur vingt-quatre d’une équipe médicale expérimentée (neurologue, radiologue, neurochirurgien) et d’un scanner (ou, mieux, de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire, ou RMN). Quelques-uns utilisent des ambulances équipées et du personnel formé pour effectuer ces examens à bord… et gagner ainsi du temps dans cette course contre la montre. Le but est de déterminer si à l’origine de cet AVC on retrouve sa cause la plus fréquente : l’oblitération d’une artère par un caillot (thrombose), qu’on peut dissoudre par un traitement thrombolytique si l’on s’y prend assez tôt. Cette médication n’est possible qu’après avoir éliminé les autres causes d’AVC, en particulier l’hémorragie cérébrale. D’où la nécessité des examens spécialisés immédiatement disponibles dans un CNV.

L’Afrique est lourdement handicapée dans la prise en charge efficace des AVC : neurologues parfois peu nombreux, scanners rares, RMN rarissimes, CNV quasi inexistants. D’autres traitements que la thrombolyse sont alors possibles, mais leur efficacité apparaît moindre en cas de thrombose. L’urgence est donc d’organiser au moins un CNV par pays avec, dans des hôpitaux périphériques, des scanners dont l’interprétation pourrait se faire par télémédecine.

Une éducation des populations sur les signes précoces d’un AVC est indispensable : engourdissement ou difficulté de mouvoir un bras ou une jambe, gêne de la moitié du visage, trouble de la vision, difficulté pour parler ou pour comprendre, mal de tête violent inhabituel, vertige soudain. L’éducation doit souligner l’extrême urgence du transport vers un centre équipé. Elle doit aussi insister sur la prévention de l’hypertension artérielle qui est la cause la plus fréquente des AVC. Une organisation correcte de la prévention et du traitement des AVC permettrait de réduire ce handicap africain.

>> Lire aussi : Équipements médicaux, des transactions qui manquent de transparence

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte