Économie

L’Algérie rejoint ses pairs au capital d’Afreximbank

Alger était absent du tour de table de la banque panafricaine d’import-export, acteur désormais incontournable de la finance continentale. Une lacune en voie d’être comblée, au moment où le pays se projette à nouveau sur les marchés africains.

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Mis à jour le 21 juin 2022 à 04:04

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Par deux décrets parus les 8 et 14 juin, le président Abdelmadjid Tebboune a autorisé l’adhésion de l’Algérie à la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et la souscription à hauteur de 125 actions au capital de l’institution panafricaine basée au Caire.

Selon les estimations de Jeune Afrique, Alger devrait débourser autour de 2 millions de dollars (1,9 million d’euros) pour cette prise de participation, tandis qu’un reliquat d’environ 3 millions de dollars subsisterait sous forme de capital exigible. Alger devrait obtenir une part très marginale du capital, autour de 0,1%, très loin derrière d’autres actionnaires africains, tels que la Côte d’Ivoire (4 600 actions et 3,87 % du capital à la fin de 2019), l’Égypte (11,56 %) ou encore le Nigeria (6,07 %).

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Intérêt marqué du secteur privé

Bien que de faible valeur en fonds propres, l’entrée de l’Algérie au tour de table d’Afreximbank – présidée depuis septembre 2015 par le Nigérian Benedict Oramah – vient combler une lacune. Le grand pays d’Afrique du Nord restait l’un des rares États du continent (avec la Libye et la Somalie notamment) à ne pas être actionnaire direct de la banque ou État « participant », c’est-à-dire comptant des structures publiques ou privées locales comme actionnaires individuels de la Banque.

Mais l’adhésion à Afreximbank, dont la vocation est d’encourager le commerce intra-africain, intervient alors qu’Alger manifeste depuis plusieurs mois une réelle volonté d’engagement économique en direction des autres pays africains. À la mi-mai, le gouvernement algérien a confirmé sa volonté d’ouvrir rapidement des filiales de trois banques publiques au sud du Sahara. Dès 2018, le secteur privé algérien avait déjà montré son intérêt pour l’intermédiation d’Afreximbank dans le cadre de son expansion commerciale à travers le continent. Au total, 38 entreprises algériennes – dont le spécialiste de l’électroménager Condor – avaient participé à la 1ʳᵉ Foire du commerce intra-africain organisée par la Banque en décembre 2018. En novembre 2021, lors du même salon, à Durban (Afrique du Sud), plus de 60 exposants et entreprises avaient fait le déplacement.

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Plus de 22 milliards de dollars de bilan

Cette arrivée de l’Algérie parmi les investisseurs d’Afreximbank intervient dans le cadre d’une augmentation de capital lancée par la banque en 2021. L’institution entend doubler la taille de son bilan dans le cadre de sa stratégie quinquennale 2022-2026. À la fin de mars 2022, le total de bilan de la banque avait atteint 22,2 milliards de dollars, contre 21,9 milliards de dollars en décembre 2021, et seulement 14,44 milliards en 2019.

« Grâce à l’effet de levier du capital supplémentaire de 2,6 milliards de dollars, la Banque pourra lever 40 milliards de dollars pour l’Afrique », selon l’institution. Cette dernière s’est fortement impliquée dans la réponse des économies africaines à la crise du Covid-19 (2 milliards de dollars mobilisés pour sécuriser 400 millions de dollars de vaccins), dans l’atténuation des effets du conflit en Ukraine sur les importations africaines (1 milliard de dollars de crédits déboursés depuis la fin de mars) et surtout dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

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Chargée de la gestion du fonds panafricain de compensation des effets de la libéralisation commerciale, Afreximbank pilote également le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss), lancé en janvier, qui permet « des paiements transfrontaliers instantanés dans les monnaies locales respectives » des opérateurs économiques.