Politique

Maroc : très cher Sahara

Dakhla devrait devenir le premier pôle halieutique national. © Vincent Fournier pour J.A.

Élaboré par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), le programme de développement des provinces du Sud sera doté d'une enveloppe de 140 milliards de dirhams sur dix ans.

Commandé par Mohammed VI en novembre 2012, il y a tout juste un an, le "Nouveau Modèle de développement pour les provinces du Sud" tombe à pic. "Il ne s’agit pas d’une simple proposition de solutions palliatives pour une conjoncture d’urgence, ni de projets isolés déconnectés les uns des autres, mais plutôt d’une vision de développement intégrée", s’est félicité le roi lors de son discours de la Marche verte, largement consacré au dossier du Sahara, le 6 novembre. Hasard du calendrier, le rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) émerge en pleine crise diplomatique avec le voisin algérien au sujet des droits de l’homme dans ce que Rabat appelle ses "provinces du Sud". Rappel de son ambassadeur à Alger, mots doux échangés entre les capitales, arrachage de drapeau au consulat algérien de Casablanca…

L’objectif est de doubler le PIB de la région sur la même période, de créer 120 000 emplois, ce qui permettra de réduire de moitié le taux de chômage (15 % aujourd’hui).

On pourrait penser que le Makhzen a trouvé la parade par un simple effet d’annonce. Faux et même injuste au regard du processus rigoureux qui a abouti au NMDPS – son petit surnom. Ce travail sans précédent a été lancé fin 2012 par Chakib Benmoussa, alors président du Cese et actuel ambassadeur du royaume à Paris. Son successeur, Nizar Baraka, rappelle que "plus de 1 500 acteurs" locaux (élus, entrepreneurs, syndicats, associations) ont été consultés, gage, selon le président du Cese, "d’une appropriation pleine du modèle de développement et de sa réussite opérationnelle". Traduites en chiffres, les recommandations du rapport donnent le vertige.

Le NMDPS projette 140 milliards de dirhams (12,5 milliards d’euros) d’investissement sur dix ans. L’objectif est de doubler le PIB de la région sur la même période, de créer 120 000 emplois, ce qui permettra de réduire de moitié le taux de chômage (15 % aujourd’hui). Mais un tel effort ne doit pas reposer seulement sur les finances publiques. "L’État investit actuellement 5 milliards par an dans les trois régions sahariennes. Il s’agit de pérenniser ces investissements, tout en faisant appel à des partenariats public-privé", précise Nizar Baraka. Ainsi, 30 % du montant doit être apporté par des partenariats public-privé.

Un hub entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne

La véritable rupture conceptuelle est là : pour réussir le décollage du Sahara, les experts du Cese ont imaginé de renforcer l’attractivité économique de ses territoires. De réceptacle des aides du Nord, l’ambition est de faire du vaste territoire qui s’étend de Guelmim à la frontière mauritanienne un "hub entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne". Trois pôles sont envisagés, avec une spécialisation pour chacun. Autour de Laayoune, véritable centre administratif et déjà capitale régionale, il s’agit de renforcer le potentiel maritime, les activités agricoles et industrielles.

Plus au sud, Dakhla devrait émerger comme le premier pôle halieutique national, avec la construction d’un grand port Atlantique-Sud (à l’image de celui, déjà réalisé, de Tanger Med et de celui, en cours, de Nador West Med) et la consolidation d’une offre touristique de niche (création d’une compagnie aérienne régionale). Dans la région de Guelmim Es-Smara, le rapport identifie une spécialisation tournée vers l’économie sociale et solidaire, autour de l’agriculture, de l’artisanat et du tourisme. À terme, le développement du Sahara "devrait faciliter l’intégration économique avec les États africains voisins, contribuant ainsi à la prospérité, à la stabilité et à la paix dans la région", conclut le président du Cese. Pour lui, la copie est rendue. Il revient maintenant aux autres acteurs d’entrer en jeu.

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