Société

Algérie : un député mis en examen pour triche aux examens

Un chef de brigade de gendarmerie aurait accepté de transmettre à la fille d’Abdenacer Ardjoun, élu du FLN, la réponse à un sujet du Brevet. Mais le surveillant a dénoncé la tentative de fraude…

Mis à jour le 13 juin 2022 à 16:10
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

L’intégrité est-elle inversement proportionnelle au niveau des fonctions d’un individu ? Si ce sujet de mathématiques n’était pas présent aux récentes épreuves algériennes du Brevet de l’enseignement moyen (BEM), il taraude les citoyens qui ont appris, vendredi, l’arrestation d’un député dont l’exemplarité est mise en cause, suite à la candidature de sa fille audit examen…

Un communiqué du tribunal d’El Oued, dans la préfecture d’El Meghaier, à 650 km au sud-est d’Alger, établit les faits. Alors que se déroulait, le 7 juin dernier, l’épreuve de mathématiques du BEM au centre d’examen de la commune de Still, Abdenacer Ardjoun, député du Front de libération nationale (FLN) de la wilaya d’El Mghaier, aurait demandé au chef de la brigade locale de gendarmerie par intérim de faire parvenir à sa fille candidate une « antisèche » sous la forme d’une enveloppe contenant une réponse au sujet d’examen.

Pas d’immunité parlementaire

Le surveillant de la salle aurait découvert la tentative de tricherie. Manifestement peu impressionné par l’uniforme, celui-ci aurait dénoncé la fraude au chef du centre d’examen qui aurait saisi la gendarmerie d’El Mghaier. Ce vendredi 10 juin, l’élu du peuple et son complice présumé auraient été présentés au procureur de la République du tribunal d’El Oued, puis au juge d’instruction. Ils auraient été placés en détention provisoire et mis en examen.

À Lire Algérie : prison ferme et coupure d’internet au menu du bac

Il leur serait notamment reproché une tentative de « fuite des réponses et des sujets d’examen du BEM via un groupe de personnes », une « incitation des fonctionnaires au trafic et mauvaise utilisation de la fonction » et même un « trafic d’influence ». Après enquête ordonnée par le procureur de la République, deux autres personnes auraient été placées sous contrôle judiciaire. Si le député incriminé n’a pas pu compter sur le silence du surveillant ni sur la corruptibilité de sa hiérarchie, il ne devrait pas fonder davantage d’espoirs sur la Constitution algérienne. L’immunité parlementaire dont il jouit ne couvre que les activités en lien avec son mandat.