Politique

Tunisie – Affaire Nadia Akacha : son interlocuteur mystère dévoile son identité

Des enregistrements audios attribués à l’ex-cheffe de cabinet de Kaïs Saïed avaient créé la polémique fin avril. Si Nadia Akacha en conteste l’authenticité, son interlocuteur, lui, vient de la confirmer à Jeune Afrique.

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Mis à jour le 13 juin 2022 à 17:27

Nadia Akacha, l’ancienne cheffe de cabinet du président Kaïs Saïed. © FETHI BELAID/AFP

C’est une affaire qui a secoué le Palais de Carthage entre fin avril et début mai, et passionné l’opinion. Sur la foi d’une série d’enregistrements téléphoniques attribués à l’ex-cheffe de cabinet du président Kaïs Saïed, Nadia Akacha, les Tunisiens ont découvert une série de « révélations » explosives sur le chef de l’État. Sept séquences audio durant lesquelles on entend Nadia Akacha étriller le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, « dézinguer » Ahmed Chaftar, membre de la campagne explicative du projet de Kaïs Saïed, et se répandre sur la santé, notamment psychologique, de Kaïs Saïed en paraissant le dénigrer.

Akacha, qui a quitté le Palais de Carthage en janvier 2022, évoque aussi l’audience accordée à l’ambassadeur des États-Unis à Tunis, Donald Blome, le 14 octobre 2021. Le même jour, le Congrès américain consacrait une session à la situation « inquiétante » de la démocratie tunisienne.

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« Ils doivent bien rigoler à l’ambassade », entend-on sur l’un des enregistrements imputés à Nadia Akacha. « Tu l’as entendu lorsqu’il [Kaïs Saïed] a demandé “pourquoi nous font-ils part de leur inquiétude ? Avons-nous exprimé notre inquiétude par rapport à leurs choix ?” L’ambassadeur lui a expliqué qu’il faisait partie de l’administration et qu’il n’avait rien à voir avec le Congrès. […] Pauvre Blome, il me regardait, mal à l’aise, et je le regardais, tout aussi mal à l’aise. À son départ, je lui ai dit de ne pas tenir compte de ce qu’il [Kaïs Saïed] lui avait dit […]. Pauvre Blome, il m’a fait pitié. Il allait le virer si je n’étais pas intervenue. Il l’avait convoqué pour lui dire qu’on n’avait plus besoin de lui en Tunisie et qu’il était persona non grata. »

Atef Hamzaoui porte plainte

Après cette série de révélations, Atef Hamzaoui, un Tunisien travaillant pour une représentation diplomatique étrangère à Paris, est cité sur la page Facebook d’Hasdrupal News comme l’auteur de ces fuites. L’intéressé porte plainte auprès de la justice française contre la page et Nadia Akacha qu’il soupçonne d’être derrière cette publication pour insulte, diffamation et association de malfaiteurs, précisant sur son compte Facebook qu’il se mettait « à la disposition du ministère public en Tunisie« . « Le seul point positif, ajoute-t-il, est que j’ai appris que l’ancienne cheffe de cabinet avait quitté la France pour Dubaï depuis plus d’un mois, après avoir appris qu’elle ne pouvait obtenir un titre de séjour sans avoir déposé une demande d’asile officielle ou détenir un contrat de travail. »

Nadia Akacha porte plainte à son tour contre l’intéressé et réclame une enquête sur l’authenticité des audios fuités, laissant ainsi entendre que Atef Hamzaoui les avait fabriqués.

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Depuis, Nadia Akacha s’est murée dans le silence. Contacté par Jeune Afrique, Atef Hamzaoui confirme aujourd’hui qu’il est bien l’interlocuteur de Nadia Akacha dans les conversations téléphoniques fuitées. Une information cruciale dans la mesure où, dans la version des audios qui ont fuité, seule la voix de Nada Akacha est audible.

« J’ai eu des appels téléphoniques avec Nadia Akacha après son départ de Carthage et son arrivée à Paris. Nous n’étions pas particulièrement proches avant cela, mais elle a cherché à me contacter pour que je lui prodigue des conseils quant à la meilleure façon d’obtenir un titre de séjour en France pour elle et sa famille, alors qu’elle ne disposait que d’un visa », a-il expliqué à Jeune Afrique.

« Il s’agit bien de la voix de Nadia Akacha »

Si Atef Hamzaoui n’indique, selon lui, que les voies légales pour parvenir à obtenir le précieux sésame, la confiance s’établit entre les deux Tunisiens, qui se mettent à échanger régulièrement sur l’actualité politique du pays.

« Nadia Akacha a d’elle-même parlé de tout cela, sans que j’ai à lui poser des questions. Et il est de notoriété que Nadia Akacha enregistre ses conversations téléphoniques. Toute la classe politique à Tunis fait des plaisanteries à ce sujet. Dans les audios qui ont fuité, j’ai très clairement reconnu des conversations qu’elle avait eues avec moi. Elle a ensuite confié ces enregistrements à une tierce personne pour utiliser des extraits dans un plan de communication qu’elle prévoyait de lancer. Je peux confirmer qu’il s’agit bien de sa voix. »

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Atef Hamzaoui nous apprend par ailleurs l’existence d’un audio où les deux voix, dont la sienne, sont audibles, et qui aurait été remis par Nadia Akacha à ses avocats. « Sur d’autres audios, je ne me souviens pas avoir discuté de ces détails avec Nadia Akacha, affirme-t-il encore. C’est donc qu’elle a eu ces conversations avec d’autres interlocuteurs que moi. Je ne peux pas être celui qui a fait fuiter ces enregistrements, qui proviennent du téléphone de Nadia Akacha. »