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Tunisie : ce que vaut vraiment l’armée

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Tunisie : soldat à tout faire, et plus encore

Les militaires tunisiens assurent des missions de protection également dans le domaine civil. Ils sont bien souvent le dernier recours en cas de catastrophe.

Mis à jour le 10 décembre 2013 à 12:02

Des Tunisiens manifestent pour demander plus de ressources pour les forces armées. © FETHI BELAID / AFP

Pour les Tunisiens, c’est une évidence : "En cas de coup dur, on peut compter sur les militaires !" Et pour cause. L’armée est largement intervenue en dehors de sa mission première (la défense du pays) pour des opérations dans le domaine civil, mettant à disposition hommes, savoir-faire et équipement. Les troupes reçoivent par exemple une formation pour agir en cas de catastrophe naturelle, comme lors des inondations spectaculaires qui ont touché la région de Jendouba (Nord-Ouest) en 2012 et en 2013. Si depuis la révolution de 2011 la Grande Muette est également sur le terrain pour assurer la protection d’institutions publiques et civiles telles que les banques, certaines de ses actions peuvent encore surprendre. Quand la main-d’oeuvre vient à manquer, les troupes militaires peuvent être amenées à sécuriser la récolte des olives (contre le vol) et même à en effectuer la cueillette sur les terres appartenant à l’État, comme dans le domaine du Chaal, à Sfax.

>> Lire aussi : Ce que vaut vraiment l’armée tunisienne

Participer au développement socio-économique de la Tunisie fait ainsi partie des prérogatives du ministère de la Défense. La plantation de palmiers dattiers, pour la mise en valeur de 2 500 ha à Rjim Maatoug (Grand Sud), et qui a été ensuite attribuée à des habitants, en est un autre exemple. Créer un cordon vert et donner des moyens de subsistance à la population locale est aussi une manière de sécuriser les zones désertiques et d’assurer un développement équitable des régions.

Des musées consacrés à l’armée tunisienne

L’armée est aussi connue pour le niveau des prestations qu’elle offre en matière de santé. Les hôpitaux militaires de Tunis, de Gabès, de Bizerte et de Kairouan sont parmi les rares établissements publics à être des références en matière de formation et de soins. Selon le personnel médical, "avec l’armée, on travaille dur, mais il n’y a pas de dysfonctionnements". Ce service public reste une fierté des troupes et participe à leur bonne image auprès des Tunisiens. Des musées sont d’ailleurs consacrés à l’histoire de la Grande Muette et à son implication dans la construction de la Tunisie moderne et républicaine.

Bourguiba et l’armée

Le rapport entre le pouvoir et la Grande Muette n’a jamais été simple. Les putschs militaires intervenus dans de nombreux pays africains et arabes au lendemain des indépendances alimentent les craintes de Habib Bourguiba, leader de la lutte nationale en Tunisie. Cependant, il considère que la jeune armée tunisienne, fondée en 1956, est un emblème national, moderne et fédérateur qui s’intègre à sa vision républicaine, d’autant qu’elle a fait ses preuves dès 1958 lors du bombardement français de Sakiet Sidi Youssef et lors de la bataille de Bizerte, en 1961. En outre, dans un contexte de crise économique et de mécontentement général, la tentative de coup d’État de 1962 fomentée par huit officiers et des civils du mouvement yousséfiste change le rapport entre Bourguiba et l’armée. Il ne la dote pas de grands moyens, continue d’en faire une institution républicaine et s’assure de ne pas lui donner de visibilité. Conséquence : l’armée tunisienne est une zone d’ombre dans le paysage des institutions. Une situation qui s’est perpétuée sous Ben Ali.