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Cet article est issu du dossier «Afrique - France : comme on se retrouve !»

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Politique

France – Afrique : rendez-vous en terre inconnue

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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En moins de vingt ans, les Africains auront à peu près tout connu. Les tentatives de réformes post-discours de La Baule mais aussi le désintérêt (la France n’a plus les moyens de ses ambitions) de la fin des années Mitterrand ; la faconde et le paternalisme d’un Jacques Chirac qui confondait souvent terrain de prédilection et terrain de jeu, tandis que son Premier ministre de cohabitation, Lionel Jospin, considérait le continent comme un océan de perdition peu fréquentable ; puis le butineur et donneur de leçons Sarkozy, trop pressé pour nouer une autre relation que celle illustrée par ses assauts à la hussarde et ses fréquentations douteuses, conseillers de l’ombre ou visiteurs du soir, qui n’aimaient rien tant que parler en son nom… Et enfin François Hollande le néophyte.

Avant son périple de Kinshasa, les 12 et 13 octobre 2012, le chef de l’État français a lui-même confié à quelques intellectuels du continent triés sur le volet qu’en dehors de la Somalie des années 1970, où il a effectué un court stage pour l’ENA, des plages de sable blanc de la Sierra Leone des années 1980, où il exposa sa peau d’albâtre aux ardents rayons du soleil, et de quelques escapades non moins touristiques au Sénégal, l’Afrique était pour lui une terre inconnue. Seule l’Algérie faisait exception, parce que ses parents – sa mère était pro-indépendance et son père soutenait l’Algérie française – ont nourri ses premiers émois politiques de leurs débats contradictoires et qu’il y fit de nombreux voyages, dont un long stage, toujours pour l’ENA.

L’Afrique est finalement devenue la grande affaire du mandat de François Hollande.

L’Afrique est finalement devenue la grande affaire de son mandat. C’est dans les sables et les cailloux de l’Azawad qu’une partie de l’avenir franco-africain se joue. Mais pas seulement. Car Paris lorgne – depuis Sarkozy, soyons honnête – cette autre Afrique, l’anglophone et la lusophone, véritable découverte pour une France jusqu’ici habituée à arpenter uniquement son pré carré. Aggiornamento tardif mais peut-être salutaire de la diplomatie française, comme en témoigne la visite réussie de Hollande en Afrique du Sud en octobre dernier.

Une réorientation qui permet de s’intéresser enfin à cette partie du continent, dynamique, plus industrialisée, qui a toujours d’innombrables besoins à satisfaire et attend encore une France décriée ailleurs pour l’y aider. Et qui pourrait, aussi, mettre fin à la dépendance réciproque de la France et de ses anciennes colonies, de plus en plus séduites par les concurrents européens, américains, asiatiques ou moyen-orientaux, mais toujours enferrées dans une relation ambiguë avec Paris. Au bout de ce chemin, pour tout le monde, un équilibre forcément plus fécond.

Tout cela ne rimera cependant pas à grand-chose si les Africains ne se persuadent pas que leurs anciens et leurs nouveaux amis n’ont, la plupart du temps, que leurs propres intérêts à défendre. Que leur potentiel, dont on parle tant depuis quelques années, ne signifie pas pour autant que les fruits passeront la promesse des fleurs. Que leur indépendance politique ne s’est pas encore complètement traduite sur le plan économique. Que passer de l’aide internationale aux investissements étrangers n’est pas suffisant. Bref, qu’il leur reste un long chemin à parcourir pour parler d’égal à égal avec les puissances de ce monde, anciennes ou nouvelles, et ne pas tout attendre des autres, quels qu’ils soient. Peut-être faudrait-il envisager un (vrai) sommet Afrique-Afrique…

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