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Cet article est issu du dossier «Afrique - France : comme on se retrouve !»

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Société

Éducation : le « Soft power » tricolore

Le lycée Jean-Mermoz de Dakar a été inauguré en 2010. © Nicolas Thibaut/AFP

Pour son rayonnement culturel, Paris peut compter sur un large réseau d'établissements scolaires à l'étranger. Les lycées français sauront-ils rivaliser avec les cursus anglo-saxons ?

Quel est le point commun entre l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, le Franco-Libanais Carlos Ghosn, les enfants du Français d’origine camerounaise Yannick Noah et ceux du Malien Salif Keita ? Tous sont passés par l’un des 488 établissements scolaires français disséminés à travers le monde. Ces derniers accueillent aujourd’hui 320 000 élèves (dont 16,6 % de lycéens). Parmi eux, environ 110 000 sont scolarisés en Afrique, dans 171 établissements.

L’un des fleurons sur le continent est le lycée Jean-Mermoz de Dakar. Inauguré en 2010 sur l’avenue Cheikh-Anta-Diop après deux ans de travaux qui ont coûté 21 millions d’euros, il s’étend sur 17 000 m2 et dispose d’une bibliothèque, d’une piscine, d’un stade, d’un amphithéâtre. Équipé d’ordinateurs dans toutes les classes, il accueille 2 450 lycéens de 40 nationalités – sur près de 7 000 élèves (dont la moitié de Français) inscrits dans treize établissements à programme scolaire français au Sénégal. Et il brille par son taux de réussite au baccalauréat : 95 % de reçus.

Qualité de l’enseignement, ouverture à l’international grâce à la priorité accordée aux langues et à son caractère multiculturel : c’est ce qui séduit les parents, prêts à payer des frais de scolarité allant de 3 500 à 5 000 euros. Un tel confort peut paraître choquant dans un pays où l’enseignement est en crise. Mais les responsables de Jean-Mermoz assument, arguant que les lycées français se doivent d’être des modèles en Afrique subsaharienne et qu’ils sont là pour répondre aux besoins d’une population ciblée : les enfants des ressortissants français et ceux des élites, les futurs décideurs.

>> Lire aussi : Ghana, lycée gratuit ou enseignement de qualité ? Un débat sur fond d’élections

S’il est indéniable que les nationaux formés dans ces lycées font partie des classes sociales privilégiées, ces établissements mettent un point d’honneur à ne pas vivre en vase clos et à participer à l’amélioration des conditions d’enseignement dans leur pays d’accueil : opérations de solidarité ou missions d’expertise et d’appui auprès des lycées publics locaux, accueil et formation de professeurs nationaux, etc. Ainsi, à Johannesburg, les professeurs du lycée français dispensent des formations à leurs collègues sud-africains enseignant dans des quartiers difficiles. Les élèves des townships sont par ailleurs régulièrement accueillis, le temps d’un projet, dans les classes de l’établissement français.

Influence des cursus anglo-saxons

En toute logique, la majorité des élèves des lycées français poursuivent leurs études dans l’Hexagone. Selon l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (Aefe), chargée du suivi et de l’animation de ces établissements, 54 % des 14 000 lycéens du réseau ayant obtenu leur bac en 2013 se sont inscrits dans des universités et grandes écoles en France, troisième destination mondiale pour l’accueil d’étudiants étrangers, selon le classement 2013 de l’Unesco. L’Aefe se pose ainsi en promoteur de l’enseignement supérieur français. Ce qui n’est pas une mince affaire, compte tenu de l’influence grandissante des cursus anglo-saxons en Europe, en Asie mais aussi en Afrique, notamment au Cameroun.

Il s’agit de faire rayonner la France au travers de différentes actions, dans le cadre du programme Diplomatie culturelle et d’influence lancé par Paris en 2011. Et parce que les établissements d’enseignement français comptent parmi les principaux vecteurs de ce soft power tricolore, ils sont largement subventionnés. En 2012, le budget de l’Aefe s’élevait à 1,16 milliard d’euros (contre 931 millions d’euros en 2009), environ la moitié de cette somme provenant de dotations de l’État.

Tributaires de la situation politique des pays d’accueil, les lycées français connaissent néanmoins des fortunes diverses. Ils peuvent voir leurs effectifs chuter, ou subir des fermetures-réouvertures démotivantes. Ainsi, après avoir souffert d’une scolarité chaotique en raison de quatre années d’arrêt pendant la crise ivoirienne, le lycée Blaise-Pascal d’Abidjan se reconstruit peu à peu une identité. Avec 6 000 élèves dans dix établissements partenaires de l’Aefe, la Côte d’Ivoire dispose à nouveau de l’un des réseaux les plus denses du continent.

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