Politique

Présidentielle au Nigeria : Bola Tinubu, le parrain de Lagos, candidat du parti au pouvoir

L’ancien gouverneur de Lagos, poids lourd de la vie politique nigériane, portera les couleurs de l’APC lors de la prochaine élection présidentielle. Il a remporté la primaire du 7 juin, battant facilement le vice-président, Yemi Osinbajo.

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Mis à jour le 9 juin 2022 à 15:41

Le nouveau candidat à la présidence du parti APC, Bola Tinubu, brandit le drapeau du parti avec le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, et Abdullahi Adamu, le président du parti, lors de la convention de l’APC à Abuja,le 7 juin 2022. © Nigeria’s Presidency/Handout via REUTERS

Le charisme et l’éloquence de Yemi Osinbajo ne lui auront pas permis de s’imposer. Candidat à l’investiture du All Progressives Congress (APC, au pouvoir), le vice-président du Nigeria a finalement dû s’incliner face à Bola Tinubu. Celui-ci a remporté la primaire organisée à Abuja le 7 juin, avec 1 271 des 2 300 suffrages exprimés.

« Je déclare Bola Ahmed Tinubu candidat de notre parti aux prochaines élections de 2023 », a déclaré Atiku Bagudu, responsable de la primaire de l’APC. Les Nigérians devront se rendre aux urnes le 25 février 2023, le président Muhammadu Buhari se retirant au terme de son second mandat, comme le prévoit la Constitution.

Musulman, richissime et controversé

Le score de Bola Tinubu, 70 ans, traduit la très forte influence qu’il exerce au Nigeria. À l’annonce des résultats, des dizaines de ses partisans présents dans les gradins ont d’ailleurs célébré sa victoire en dansant. Musulman et richissime, Tinubu est aussi une personnalité controversée, communément surnommée « le parrain ». Ardent défenseur de la démocratie en exil pendant la dictature militaire dans les années 1990, il a gravi tous les échelons de la politique nigériane. Plusieurs fois accusé de corruption, il n’a jamais été condamné.

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Ancien sénateur, puis gouverneur – emblématique – de Lagos, il passe aussi pour être un « faiseur de rois ». Fin stratège, il a toujours été perçu comme étant derrière toutes les nominations politiques dans son fief alors que le clientélisme reste omniprésent au Nigeria. Il s’était même vanté d’avoir fait élire le président Buhari en 2015 et 2019, ce que ses détracteurs ont peu apprécié et n’ont pas manqué de rappeler ces dernières semaines.

L’indécision de Buhari aura été un facteur déterminant dans la victoire de Tinubu

Lors de la primaire, il faisait face à une vingtaine de candidats, dont Yemi Osinbajo donc, mais aussi des poids lourds de la politique locale : le président du Sénat, Ahmad Lawan ; cinq gouverneurs ; cinq anciens gouverneurs ; un ministre… Mais le total de voix du vainqueur est supérieur à celui de tous les autres candidats réunis. Tous avaient tenté de faire pression sur le président sortant pour obtenir son soutien, mais en vain.

De fait, l’indécision de Muhammadu Buhari aura été un facteur déterminant dans la victoire de Bola Tinubu, qui a su capitaliser sur les divisions de l’APC. Plus tôt en janvier, le chef de l’État avait déclaré qu’il ne se souciait pas de savoir qui lui succéderait. De nouveau interrogé quelques semaines plus tard, il avait reconnu avoir un candidat préféré, mais affirmé qu’il ne voulait pas révéler son identité afin qu’il ne lui arrive rien de fâcheux.

Énormes sommes d’argent

Tinubu lui avait rendu visite pour l’informer officiellement de sa décision de se présenter, décrivant son ambition comme celle de toute une vie. Il avait alors intensifié sa campagne et affirmé à plusieurs reprises qu’il n’accepterait pas de se désister en faveur d’un autre candidat. Il s’est également montré très généreux, offrant d’énormes sommes d’argent à plusieurs États qui, selon lui, étaient confrontés à des problèmes de sécurité – et gagnant au passage le soutien de nombre de gouverneurs et de délégués de l’APC.

Le vrai perdant de cette primaire est sans doute Yemi Osinbajo, arrivé troisième. Professeur de droit, orateur brillant, il avait été choisi par Tinubu en 2014 pour être le candidat de l’APC à la vice-présidence. Beaucoup pensaient qu’il était irrespectueux de sa part de se présenter face à l’homme qui lui avait permis d’acquérir une stature nationale et il avait d’ailleurs attendu le mois d’avril pour officialiser une ambition que nombres de délégués de l’APC ne lui ont pas pardonnée.

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Bola Tinubu affrontera dans les urnes le candidat du principal parti d’opposition, le Peoples Democratic Party (PDP) : Atiku Abubakar, lui-même ancien vice-président et richissime homme d’affaires, qui se présente pour la sixième fois à la magistrature suprême. Mais tandis que Tinubu est un musulman originaire du Sud-Ouest, Abubakar est lui un musulman issu du Nord.

« Aucune force destructrice ne peut ramener le Nigeria en arrière », a assuré Tinubu après l’annonce de sa victoire, en référence à la situation sécuritaire dégradée du pays qui sera un enjeu majeur du scrutin à venir. Saluant le travail des forces de sécurité, il les a appelées à « poursuivre le combat pour la survie de la nation ».