Économie

Ethiopian Airlines, Air Algérie, Royal Air Maroc… malgré la baisse du fret, l’investissement continue

Alors qu’au plus fort de la pandémie de Covid-19, le fret avait sauvé le bilan de certaines compagnies aériennes, en 2022, le continent a vu son volume de fret s’amoindrir par rapport à l’année précédente, d’après l’Association de transport aérien international (IATA).

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Mis à jour le 10 juin 2022 à 17:45

Un avion-cargo exploité par Ethiopian Airlines à l’aéroport Jomo Kenyatta de Nairobi, en 24 mars 2020 (photo d’illustration). © Tony Karumba/AFP

Entre la guerre en Ukraine et la politique du zéro Covid-19 en Chine qui a entraîné des pénuries de main-d’œuvre, la chaîne d’approvisionnement a été lourdement touchée, les coûts énergétiques ont explosé, et l’inflation bat désormais son plein partout dans le monde. Ces phénomènes affectent plus sévèrement l’Afrique très dépendante des exportations.

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D’après les perspectives économiques publiées par le FMI, l’inflation devrait rester élevée sur le continent, « avec une moyenne à 12,2 % en 2022, puis un recul progressif à 9,6 % en 2023 ». Ainsi, par effet domino, l’augmentation des prix à la consommation freine les dépenses des consommateurs, ce qui affecte encore plus la demande de fret aérien africain qui représente uniquement 1,9 % du trafic mondial.

Part de marché fret aérien © Part de marché du fret aérien en %. Source : IATA 2022.

Part de marché fret aérien © Part de marché du fret aérien en %. Source : IATA 2022.

Une tendance globale

D’après les dernières statistiques de l’Association de transport aérien international (IATA), au mois d’avril dernier la demande globale mesurée en cargo tonnes-kilomètres (CTK) a connu une baisse de -11,2 % par rapport à l’année dernière, et de -1 % par rapport à 2019. Les capacités mondiales ont également subi des contractions de -2 % par rapport à 2021.

Alors que c’est en Asie-Pacifique que les volumes aériens cargo ont connu la plus grande baisse de demande (-15,8 % entre 2022 et 2021), l’Europe non plus n’a pas été épargnée. Au mois d’avril, les 50 pays ont essuyé une diminution de -14,4% des volumes, imputable à la guerre en Ukraine.

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Le Moyen-Orient se place quant à lui en troisième position avec une baisse de la demande évaluée à -11,9 %. L’Amérique Nord et l’Afrique ferment le bal avec des diminutions respectives à -6,6 % et à -6,3 %. Ainsi, les chiffres du continent suivent une tendance mondiale. Mais la seule région qui déroge à la règle est l’Amérique du Sud, avec une impressionnante augmentation de +40,9 % de la demande de fret en avril dernier. Selon l’IATA, cette belle performance s’explique par le fait que les transporteurs ont investi dans de nouveaux services et dans des avions cargo complétant leur flotte.

Un recul relatif

La baisse de demande de fret en Afrique (-6,3 %) est moins significative que celle observée dans les autres régions du monde. D’autant plus que ces deux dernières années, les transporteurs africains ont réalisé la plus forte croissance CTK dans le monde. Comme le rappelait Abderrahmane Berthé, secrétaire général de l’African Airlines Association (AFRAA) dans les colonnes de Jeune Afrique dernièrement, « sur le continent, le volume de cargo n’a pratiquement pas baissé durant la crise. Cela a été l’un des rares facteurs de résilience pour les opérateurs ».

Graph 3 © Evolution du CTK en septembre 2020 et 2021, par rapport au même mois en 2019. Source : IATA 2021.

Graph 3 © Evolution du CTK en septembre 2020 et 2021, par rapport au même mois en 2019. Source : IATA 2021.

Ethiopian Airlines a d’ailleurs passé, en avril, commande de cinq cargos Boeing 777-8F afin de poursuivre sa stratégie misant sur le fret. Air Algérie, qui s’apprête à renouveler sa flotte avec l’acquisition de 15 nouveaux avions, a lancé à la mi-mai le site Internet officiel de sa filiale cargo. Royal Air Maroc a obtenu il y a quelques jours la certification Cargo iQ, qui démontre son application des normes de gestion de la qualité de l’industrie du transport de fret aérien… Le fret aérien a donc de beaux jours en Afrique devant lui, d’autant plus que le commerce sino-africain reprend de plus bel.

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Le commerce sino-africain résiste

Au premier trimestre 2022, d’après l’administration générale des douanes chinoises, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont augmenté de +23 % par rapport à 2021. En tout, le commerce réalisé entre le géant asiatique et le continent sont estimés à 64,8 milliards de dollars pour le période mentionnée.

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Une croissance qui s’explique par l’augmentation des importations de matières premières depuis l’Afrique. En effet, début 2022, les importations chinoises issues d’Afrique ont connu une hausse de +29,3 %, et les exportations chinoises vers l’Afrique ont augmenté de +18,2 % par rapport à l’année dernière.

Alors que la Chine lève petit à petit les restrictions liées à la lutte contre la pandémie, cette embellie pourrait durer dans le temps. La mission de la Chine auprès de l’Union africaine (UA) a par ailleurs tenu a souligner dans un tweet que « même dans le contexte de la pandémie de la Covid-19, le commerce sino-africain a résisté (…), et a dépassé, sur le seul premier trimestre 2022, la valeur totale des échanges entre les États-Unis et l’Afrique sur l’ensemble de l’année 2021 ».