Culture

Algérie : une tentative de fuite de devises… de l’époque romaine

Au tribunal de Dar El Beida, un procès met en lumière un trafic de pièces archéologiques que certains Algériens tentent d’effectuer en quittant le territoire national.

Mis à jour le 8 juin 2022 à 16:49
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Des pièces de monnaie, certaines composées de diamant, ont été saisies par les autorités algériennes. © Damien Glez

Près de 44 pièces de monnaie à valeur archéologique, dont certaines serties de diamant, datant des époques romaine et ottomane : c’est la saisie effectuée dans la poche interne de la valise d’un voyageur de la commune algérienne de Béjaïa, en partance pour la France via l’aéroport Houari-Boumédiène d’Alger. La presse algérienne a révélé cette interpellation, ce 7 juin, à l’occasion de l’ouverture du procès au tribunal de Dar El Beida de la cour d’Alger.

Naïveté et hasard invoqués

La marchandise a été saisie par la police algérienne des frontières (PAF), au poste de contrôle de l’aéroport. Le mis en cause a été arrêté, ainsi que celui qui lui a vendu les pièces. Pour souligner la gravité du trafic, le ministère de la Culture s’est constitué partie civile. Le trafiquant joue la carte de la naïveté, assurant qu’il n’avait pas conscience d’effectuer un trafic, précisant même n’avoir pris ces pièces que « comme par hasard lors de son voyage ». Le procureur de la République a requis une peine de trois ans de prison ferme et le juge de l’audience a, pour l’heure, renvoyé l’affaire à une audience ultérieure…

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Ce procès interpelle l’opinion, car les services de la douane et de la police des frontières ont plutôt l’habitude de saisir des pièces de monnaie bien plus contemporaines. Pour des raisons de contrôle de la masse monétaire, le transfert des devises de l’Algérie vers l’étranger est strictement réglementé, via un plafonnement des montants autorisés. Un Algérien peut quitter le pays avec 1 000 euros sans faire de déclaration et un étranger avec 5 000 euros. Si le voyageur présente une attestation bancaire certifiant que la somme a été retirée d’un compte en devises, il peut emporter jusqu’à 7 500 euros.

Spoliation toujours

Mais de nombreux globe-trotters ne peuvent s’empêcher de dissimuler un peu de liquide dans une paire de chaussettes ou entre les pages d’un livre. Rien qu’en fin de semaine passée, les services de la PAF de l’aéroport d’Alger assurent avoir intercepté 60 100 euros et interpellé quatre passagers. En mai, un huissier de justice originaire d’Alger a dissimulé 56 000 euros dans ses bagages. Ce sont 550 000 euros qui auraient été saisis au cours des trois premiers mois de l’année. La partie émergée du délit…

En ce qui concerne les transferts illégaux d’objets archéologiques de toutes sortes, l’affaire des 44 pièces souligne, s’il en était besoin, que les sorties frauduleuses d’objets du patrimoine ne sont pas effectuées que par des touristes sur le départ. Un signal à prendre au sérieux, en cette époque où l’on tente de rapatrier tant d’œuvres d’arts spoliées aux pays africains, et cela via des procédures interminables et politiquement complexes.