Économie

Maroc : comment le groupe français Colas tisse sa toile dans le royaume

Tramways, gares, autoroutes, parc éolien, la multinationale a su se faire une place dans la concurrence au développement des infrastructures du pays. Une longévité exceptionnelle qui remonte aux années 1930.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 9 juin 2022 à 19:12

Construction d’une route par le groupe Colas, à la frontière avec le Sahara mauritanien. © PATRICE THEBAULT/ONLY WORLD via AFP

L’attribution, en mai dernier, par Casa Transport SA à la filiale marocaine de Colas Rail de la réalisation de système basse tension des lignes T3 et T4, pour 15 millions d’euros, du tramway de Casablanca a confirmé la montée du groupe français dans le paysage ferroviaire marocain. Ce nouveau contrat faisant d’ailleurs suite à deux marchés remportés en 2021 par Colas Rail Maroc sur les mêmes lignes de tramway.

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Depuis sa création en 2008, la filiale a participé à tous les projets de construction des systèmes de tramways réalisés dans le pays. C’est Colas Rail qui remporte le contrat de construction du tramway de Rabat, la même année, pour 70 millions d’euros. En 2014, Colas Rail Maroc se fait un nom dans le paysage des infrastructures du royaume, en rejoignant les entreprises chargées de la conception, pour 124 millions d’euros, de la première ligne à grande vitesse marocaine qui relie désormais Tanger à Casablanca. En 2017, la STRS (Société du tramway de Rabat-Salé) lui confie l’extension de la ligne T2 (réalisation des plateformes, pose des voies ferrées et installation de la signalisation ferroviaire), pour 29 millions d’euros. Puis s’ajoutent le remaniement de onze gares entre Settat et Marrakech, ainsi que la rénovation de la gare de Casa Port.

Concurrence locale et internationale

Avec ses 39 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2020, Colas reste toutefois encore loin des fleurons du BTP marocain tels que la SGTM (Société générale des travaux du Maroc) ou encore Ciments du Maroc, qui représentent respectivement 270 millions et 315 millions de chiffres d’affaires, sur la même période. Ce que confirment plusieurs batailles de marché perdues par Colas.

En octobre 2020, ce sont la SGTM, la Stam, la Somagec et Bioui, qui ont été désignées pour se partager, pour un peu plus de 158 millions d’euros, les travaux d’infrastructure des lignes 3 et 4 du tramway de Casa, qui seront estampillés « made in Morocco ». Ou encore en 2016, où Colas se fait doubler par le géant turc du BTP Yapi Merkezi pour les travaux de construction de la plateforme ferrée de la ligne 2 du tramway de Casablanca, pour 83 millions d’euros.

Mais que ce soit sur rail ou sur route, Colas a su tirer son épingle du jeu en s’associant aux grands projets d’infrastructure, même s’il se positionne sur des lots secondaires. Sur la route, en effet, l’entreprise fait figure de pionnière. Après le rachat de l’originale Société routière Colas (SRC), en 1986 par le groupe Bouygues, elle se retrouve comme la doyenne des trente premières sociétés de BTP du classement « Maroc 1000 » de 2020. La longévité de celle dont la première unité de production est née à Casablanca en 1930 s’explique par sa capacité à pourvoir aux besoins du secteur public, au bon moment.


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Impact économique

De 1934, lorsqu’il fallait doter la ville d’Agadir de routes et de chaussées, à 2020, en participant à la construction de la voie express de 1 000 km reliant Tiznit à Dakhla, connectant ainsi davantage le royaume à l’Afrique subsaharienne, Colas répond présent. Dans le cadre de la politique de grands chantiers amorcée par Mohammed VI, elle a aussi su se rendre utile dans la quête de nouveaux standards environnementaux du pays. La conception, en 2017, d’une portion de l’axe Rabat-Kenitra avec des matériaux recyclés en témoigne. De même que la présentation en 2020, du projet du parc éolien de Taza, grâce auquel Colas Maroc a été récompensé dans la catégorie des projets infrastructures à l’international, lors de la cérémonie des BIM d’Or de septembre de la même année.

Si le Maroc semble compter sur Colas, l’inverse est aussi vrai. Selon le rapport annuel de 2021 du groupe, le Maroc est, avec Madagascar, le pays qui porte principalement la hausse des effectifs (20 %) sur le continent pour l’activité travaux. Dans le pays, ce secteur est boosté par la réalisation de voies express dans le Sud et par la distribution de bitume.

Mohamed Abdeljalil, le ministre marocain des transports et de la logistique, a annoncé, en janvier dernier son intention de se doter de 1 300 km supplémentaires de ligne à grande vitesse. Un nouvel objectif pour Colas ?