Politique

Hommage à Mandela : pourquoi Pérès et Netanyahou n’y étaient pas

Ni le président ni le Premier ministre israéliens n’étaient à la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela, le 10 décembre à Johannesburg. Les raisons officielles de cette absence ne sont cependant pas tout à fait convaincantes…

Mis à jour le 23 décembre 2013 à 19:46

En 1992, Nelson Mandela avec Yasser Arafat. © François Rojon/AFP

Le président israélien et son Premier ministre avaient prononcé un vibrant hommage à Madiba et envisagé de faire le déplacement… Mais c’est finalement Yuli Edelstein, le président du Parlement, qui est allé à Soweto. "Le voeu d’Israël était que le chef de l’État, Shimon Pérès, s’y rende. Les deux Prix Nobel de la paix se connaissaient bien, ils appartenaient au même club de sages, assure un diplomate israélien. Hélas, à 90 ans, il est malade, et le médecin lui a interdit le voyage. Quant au Premier ministre Netanyahou, l’encadrement sécuritaire exceptionnel de sa visite l’aurait rendu très coûteuse, alors même qu’il est attaqué pour des affaires de frais de déplacement et de logement."

Éditorialiste au quotidien de gauche Haaretz, Gideon Levy voit les choses différemment : "Ni Pérès ni Netanyahou n’ont le moindre droit de faire son éloge." Le premier a en effet contribué à resserrer les relations économiques et sécuritaires entre Israël et le régime afrikaner ségrégationniste. À l’époque, les liens qu’entretenait Mandela avec les Soviétiques, l’Égyptien Nasser, l’Algérien Ben Bella ou le Libyen Kadhafi l’avaient rendu infiniment suspect aux yeux de l’État hébreu.

Pérès a aussi été l’un des initiateurs de la politique de colonisation de la Cisjordanie poursuivie à grande échelle par Benyamin Netanyahou. Aujourd’hui, les comparaisons entre l’apartheid et les discriminations imposées aux Palestiniens sont de plus en plus courantes. "Notre liberté n’est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens", avait dit Mandela en 1997. Du fond de la prison israélienne où il croupit depuis onze ans, Marwane Barghouti, surnommé le "Mandela palestinien", a écrit une lettre d’hommage à Madiba : "Votre pays est devenu un phare, et nous, les Palestiniens, nous hissons les voiles pour atteindre ses rivages."


De g. à dr. : Paul Kagamé, Paul Biya et IBK. © Vincent Fournier/J.A.

Ils n’ont pas fait le déplacement non plus !

Ils n’ont pas fait le déplacement ! Une centaine de chefs d’État et de gouvernement étaient, le 10 décembre, au First National Bank Stadium de Soweto, mais pas eux ! Le Rwandais Paul Kagamé s’est ainsi fait représenter par son Premier ministre et le secrétaire général de son parti – signe, sans doute, des relations difficiles qu’entretiennent Kigali et Pretoria, où plusieurs opposants rwandais ont trouvé refuge. Pas là non plus, Blaise Compaoré, retenu pour cause de fête nationale, le 11 décembre, au Burkina. Après avoir assisté au sommet de l’Élysée, les 6 et 7 décembre à Paris, le Camerounais Paul Biya a, lui, préféré prendre la direction de Genève, et le Malien Ibrahim Boubacar Keïta était en visite à Bruxelles. Autres absents : l’Algérien Abdelaziz Bouteflika et l’Angolais José Eduardo dos Santos, qui souffrent tous deux de problèmes de santé. Mohammed VI, enfin, a choisi de se faire représenter par son frère, le prince Moulay Rachid.

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