Politique

Sénégal : Marie Khémesse Ngom Ndiaye, l’ex-syndicaliste devenue ministre de la Santé

Jusque-là directrice générale de la Santé, elle a été nommée le 26 mai en remplacement d’Abdoulaye Diouf Sarr, limogé après une série de drames survenus dans les hôpitaux du pays.

Mis à jour le 4 juin 2022 à 10:52

Marie Khémesse Ngom Ndiaye, ministre de la Santé du Sénégal, en 2020. © Sylvain Cherkaoui pour JA

À force de la voir tous les jours sur leur petit écran, les Sénégalais s’étaient habitués à la silhouette de Marie Khémesse Ngom Ndiaye. Au plus fort de la pandémie de Covid-19, qui a fait près de 2 000 morts au Sénégal, c’est elle, qui, en tant que responsable de la riposte, avait la charge de présenter chaque jour la situation sanitaire du pays.

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C’est donc un visage bien connu du grand public mais très peu politique qu’a choisi Macky Sall pour remplacer Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Santé sans discontinuer depuis cinq ans mais finalement emporté par un ultime drame : l’incendie survenu dans le service de néonatologie de l’hôpital de Tivaouane, ville sainte de la confrérie tidiane, dans lequel onze nourrissons ont péri. L’épisode a suscité colère et émotion.

Affaire très médiatisée

Deux mois plus tôt, c’était le décès en couches d’Astou Sokhna, à l’hôpital de Louga, qui avait provoqué l’indignation des populations. Cette femme de 34 ans avait dû attendre une vingtaine d’heures dans l’indifférence du personnel soignant et malgré les souffrances qu’elle endurait. Très médiatisée, l’affaire a donné lieu, en mai, à un procès au terme duquel trois sages-femmes ont été condamnées à six mois de prison avec sursis pour « non-assistance à personne en danger ».

Désormais ministre de la Santé, Marie Khémesse Ngom Ndiaye aura donc fort à faire. Jusqu’à présent directrice générale de la Santé, elle devra redorer l’image ternie du système hospitalier sénégalais. Ses priorités seront axées sur « l’environnement de travail, les équipements et les infrastructures, mais également sur les ressources humaines », a-t-elle fait savoir à la sortie de son audience avec le chef de l’État, le 30 mai.

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De quoi ravir Amadou Yéri Camara, secrétaire général du Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames). « Le système sanitaire sénégalais n’est pas moribond. Chaque jour, nous avons des milliers d’opérations et de consultations qui se font avec beaucoup de satisfaction, affirme celui qui est à la tête de l’une des plus grandes centrales syndicales du secteur de la santé. Mais le déficit d’investissement et le manque de personnel font que les zones les plus périphériques se retrouvent avec des structures qui ne sont pas à la hauteur. »

« Le problème est systémique »

Pur produit de la faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la nouvelle ministre a un parcours très linéaire. C’est en 1991 qu’elle commence sa carrière en tant que médecin-chef adjoint de district à Thiès. Marie Khémesse Ngom Ndiaye gravit rapidement les échelons et se voit confier, en 2005, le district sanitaire de Dakar, le plus grand du pays. Ces fonctions la sensibilisent aux réalités des conditions de travail en milieu hospitalier, qu’elle travaillera par la suite à améliorer. Militante, elle prend sa carte au Sames, qu’elle finit par diriger entre 2006 et 2011. Elle se fait remarquer par ses positions fermes face à Modou Diagne Fada, alors ministre de tutelle, lui réclamant « de meilleures conditions de travail ».

Elle est du sérail et est très expérimentée

Nommée directrice générale de la Santé en 2017, elle dirige le service de lutte contre les maladies infectieuses et les épidémies. « Nous la connaissons tous. Nous apprécions que le président ait porté son choix sur elle, affirme Amadou Yéri Camara, du Sames. Elle connaît très bien la maison. C’est une femme déterminée. On doit l’aider à réussir pour le bien du Sénégal. » « Elle est du sérail et est très expérimentée. Mais le problème est systémique. Si on ne lui donne pas les moyens de le régler, rien ne changera », nuance de son côté Nina Penda Faye, journaliste et membre du collectif « Patients en danger », créé au lendemain du décès d’Astou Sokhna.

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« Nous avons décidé de mettre en place ce collectif pour porter les revendications des citoyens, des malades qui sont les victimes des dysfonctionnements dans nos hôpitaux. Une meilleure prise en charge des patients est indispensable, et l’humain doit être au cœur des politiques sanitaires », ajoute Nina Penda Faye, qui rappelle qu’une majorité des hôpitaux sont vétustes et peu aux normes.

Marie Khémesse Ngom Ndiaye est donc attendue au tournant. Le 2 juin, lors de la cérémonie de passation avec son prédécesseur , la nouvelle ministre a ainsi affirmé vouloir mettre l’accent sur « la prévention, les déterminants sociaux et environnementaux de la santé ». Après cette série de drames évitables, ses premiers pas au ministère seront scrutés de près.