Politique

Guinée : rajeunir la fonction publique, une fausse bonne idée

La mise à la retraite de nombreux fonctionnaires pour assainir l’administration publique est un leurre. Surtout si les critères d’admission et de nomination restent flous.

Mis à jour le 5 juin 2022 à 17:58
Fassou David Condé

Par Fassou David Condé

Étudiant-chercheur à l'École des hautes études en sciences sociales, et écrivain.

Le nouveau Ministère de la Justice à Conakry. © Vincent Fournier/JA

En décembre 2021, pas moins de 350 fonctionnaires guinéens étaient envoyés à la retraite. Objectif  : libérer des postes au profit des plus jeunes, l’administration publique étant l’otage des gérontes qui préfèrent rester dans les rangs des actifs, souvent jusqu’à leur mort, plutôt que de goûter aux jours tranquilles de la retraite. De tous les maux dont souffre la Guinée, les voici accablés. On les dépeint en vieux vautours qui ont oublié qu’un jour, eux aussi avaient été jeunes, de belles idées plein la tête, la volonté de révolutionner le système, de chasser le ver du fruit, et disposés à servir leurs administrés plutôt que leurs intérêts personnels…

Succomber à la tentation

Sur ce sujet, le conflit de génération n’a pas lieu d’être, la jeunesse n’étant en rien un gage contre les agissements dont on accuse les anciens. L’expérience montre qu’elle finit toujours par succomber à la tentation, à se laisser aller au climat ambiant, quand bien même elle aurait prêté serment sur la Bible ou le Coran  ! Et pour cause, en l’état actuel des choses, le système a tout pour corrompre et transformer même une sainte âme en diable.

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L’administration publique guinéenne est bien malade, c’est le cas de le dire. Mais croire qu’il suffirait de mettre des jeunes à des postes de direction pour résoudre le problème, s’apparente à un leurre, une erreur de calcul, une démarche qui frise l’amateurisme. Tout le désordre au sein de cette administration (dont on se plaint à juste titre) tient au fait qu’on a toujours considéré comme naturel que le politique se mêle de la gestion des carrières des agents de l’État.

Or, point n’est besoin d’avoir lu Max Weber pour savoir qu’on ne devient pas directeur d’un département d’une administration publique sans en avoir géré la section ou la division. Être fonctionnaire, ce n’est pas seulement disposer d’une tête bien pleine, c’est aussi avoir une fine connaissance des pratiques, des procédures. C’est bien pour cela que certains pays se dotent d’écoles du service public, ou au moins mettent en place des mécanismes pour former leurs agents et renforcer leurs capacités, par la formation continue.

Gestion opaque

La fonction publique obéit à un cadre légal propre, et confère à ses employés un statut particulier. À cet égard, il convient d’être exigeant pour se garder de tomber dans les mêmes travers que les régimes précédents  : le népotisme, le clientélisme… Au regard des vagues de nominations, s’interroger sur le statut des bénéficiaires du décret présidentiel s’impose. Sommes-nous dans une fonction publique de carrière ou d’emploi  ? De carrière, non évidemment. D’emploi  ? Dans ce cas, il conviendrait, par souci de transparence, d’en préciser les contours tout de suite.

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La fonction publique est à l’image de la société, la gérer de manière opaque, selon le bon vouloir du prince, ne fera que prolonger la vie de ses vieux démons. On ne devrait y accéder que sur concours. La réforme de l’État et sa modernisation n’adviendront que par le respect des règles et des procédures. La fonction politique est une chose, la fonction administrative en est une autre, toute autre !