Politique

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

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Par  Marwane Ben Yahmed

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

(@marwaneBY)

La question est vieille comme le monde, et il n’existe pas de réponse toute faite. Qu’est-ce qui fait qu’on est heureux ? La perception que l’on a de sa situation est affaire de mille et un ingrédients. Aucun critère en particulier ne prédomine. C’est un ensemble, parfois très subjectif, mais, le plus souvent, les éléments déterminants qui font basculer du pessimisme à l’optimisme, et inversement, sont d’ordre psychologique. À Paris comme à Alger, à Nogent-le-Rotrou comme à Aïn Temouchent, on s’interroge sur sa trajectoire, l’avenir, le sentiment d’être en mouvement, de progresser, de s’adapter, de lever des barrières jadis jugées insurmontables. On se compare, dans le temps mais aussi dans l’espace. Finalement, le jugement vaut ce qu’il vaut, mais peu importe puisque ce qui compte, hélas, c’est souvent le point de vue de chacun, pas forcément la réalité.

En France comme en Algérie, pour des raisons très différentes, l’heure est à la sinistrose et aux récriminations. Une sorte de dépression collective, qui galvaude un potentiel évident, privilégie la nostalgie et l’apitoiement à la recherche de solutions. Sentiment généralisé qui correspond à une peur somme toute logique de l’avenir puisque celui-ci n’existe pas. En tout cas, il n’est pas défini.

Tout le monde est un peu responsable de ce culte du dépit. En premier lieu, même si elles ne goûtent guère le fait d’être ainsi mises à l’index, les élites. N’en déplaise aux chantres du kolkhoze, les élites, dans tous les pays du monde, sont censées jouer le rôle de catalyseur. Qu’elles soient politiques (tous bords confondus), bien sûr, mais aussi économiques, culturelles ou intellectuelles. En Algérie comme ailleurs, le changement, les réformes, la définition et la mise en oeuvre d’un projet de société qui correspondent à l’environnement intérieur et extérieur ne peuvent dépendre de la seule vox populi, le peuple, comme aiment pourtant à le seriner les révolutionnaires de Tunis ou du Caire.

Il faut des femmes et des hommes courageux qui acceptent de perturber les équilibres, de transcender les clivages politiques et religieux, de remettre en question certains acquis jugés contre-productifs, de prendre le risque de l’impopularité, de privilégier l’intérêt général aux intérêts particuliers, bref, de secouer le palmier… Ce rôle prépondérant des élites ne signifie évidemment pas qu’elles sont les seules à devoir contribuer à ce changement. Mais les premières. Nuance qui implique donc qu’elles puissent être ensuite capables de convaincre une population moins rétive au changement (quand celui-ci implique des efforts) qu’on le suppose généralement. Population qui ne supporte pas, en revanche, qu’on la considère comme de la roupie de sansonnet ne méritant pas que l’on s’échine à la convaincre.

L’Algérie est aujourd’hui confrontée à un véritable choix. C’était déjà le cas en 2009, signe qu’elle n’a pas beaucoup évolué en cinq ans. Soit elle décide d’entretenir une fois de plus le statu quo, par peur du saut dans l’inconnu, soit elle s’engage dans une voie nouvelle, incertaine, mais à l’évidence plus constructive. Cela suppose de tout revoir de fond en comble : stratégies, options économiques, relations avec les autres… Ce choix ne peut pas être celui d’El-Mouradia, des militaires, du DRS ou des personnalités les plus influentes du pays. C’est celui de toute une nation. Il y a de quoi s’inquiéter. Pour l’instant, nous n’entendons personne se saisir de ce débat…

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