Médias

Tunisie : intox virale

Une charte graphique rigoureuse pour un leurre caustique à l'humour potache. © DR

Sous ses faux airs de vrai site d'information, LerPesse se joue des politiques et de l'actualité. Non sans semer le trouble.

"Ahmed Mestiri déclare n’avoir aucun souvenir d’avoir été en lice pour le poste de Premier ministre." "Rached Ghannouchi serait devenu athée." "Un avion Tunisair décolle à l’heure. La compagnie s’excuse et s’engage à rembourser les 43 passagers qui ont raté leur vol." Farfelu ? Surréaliste ? Et tellement (in)vraisemblable… Insensibles à l’ironie de tels titres, de nombreux Tunisiens les ont pris au pied de la lettre. Des journalistes de Mosaïque FM ont même appelé la compagnie aérienne pour vérifier l’information.

LerPesse, "aussi sérieux que la politique tunisienne"

Créé sur le modèle du site français legorafi.fr (pastichant Le Figaro) et l’américain theonion.com, le nouveau média de Tunisie lerpesse.com se définit comme étant "aussi sérieux que la politique de ce pays". Lancé le 17 novembre, LerPesse a des allures de site d’information professionnel. Les fondateurs, qui tiennent à conserver l’anonymat et refusent de dévoiler leur source de financement, se présentent comme une "une équipe de faux journalistes d’investigation et de charlatans de terrain [qui] offre courageusement un travail minutieux et rigoureux". LerPesse fait un carton. Sa charte graphique rigoureuse n’est qu’un leurre qui habille de crédibilité un contenu bref, décalé, déjanté, parfois délirant mais toujours au second degré et qui tourne systématiquement en dérision une actualité souvent ubuesque.

En imitant la typographie du quotidien La Presse et en se positionnant comme un site viral, LerPesse tacle les politiques et les médias. "Ils nous font tellement rire de nous-mêmes que nous n’avons plus envie de nous lamenter", assure un lecteur assidu. Du côté politique, on rigole moins. L’annonce de la suppression de l’enseignement de la philosophie en terminale a fait sortir de ses gongs le ministre de l’Éducation. Si LerPesse veut conserver sa notoriété actuelle et retenir son lectorat, il devra travailler son mordant, de qualité inégale. "On dirait un blog de potaches plus qu’un support médiatique caustique. La satire est un genre qu’il faut maîtriser et cultiver", remarque l’universitaire Saïd Oueslati. LerPesse annonce la couleur : "Nous utilisons des sources fiables pour rédiger des articles fictifs." Le lecteur est prévenu, tout ce qu’il pourra lire est faux mais à coup sûr hilarant.

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