Société

Gaz, pétrole, charbon : l’Afrique peut-elle désamorcer ses « bombes climatiques » ?

Quatre cent vingt-cinq mégaprojets d’extraction d’énergie fossile risquent de faire capoter les maigres espoirs d’éviter un chaos climatique. Pour l’Afrique, qui n’est responsable que d’une infime part des émissions de gaz à effet de serre et dont l’urgence est au développement, arrêter ces projets n’est pas forcément une priorité. Décryptage en infographies.

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Mis à jour le 3 juin 2022 à 10:14

Site de Hassi Messaoud dans la province d’Ouargla, Sahara algérien, exploité par la Sonatrach. © Photomontage JA / J-F ROLLINGER / ONLY WORLD / Only France via AFP

Nouvelles mines de charbon en Afrique australe, gigantesque projet gazier dans le bassin du Rovuma, au Mozambique, gisements de pétrole dans le désert libyen… Vingt-deux projets géants d’extraction de ressources fossiles ont été identifiés, sur le continent, par la revue Energy Policy comme étant des « bombes climatiques ». Leur point commun ? Ils peuvent chacun potentiellement émettre plus d’une gigatonne de CO2 durant leur existence, soit l’équivalent de ce que le continent entier a émis en dioxyde de carbone en 2019.

Publiée à la mi-mai, cette étude de la revue scientifique américaine contribue à déstabiliser un peu plus le marché international de l’énergie, déjà affecté par une « guerre du gaz » qui se joue en Europe et dans laquelle l’Afrique compte tirer son épingle du jeu en hâtant la mise en œuvre de projets dans les énergies fossiles pour les substituer à l’offre russe.

Dans ce contexte, le projet de gazoduc, long de 5 660 km, entre le Nigeria et le Maroc a franchi une étape décisive, ce 1er juin.

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425 « bombes carbones »

Grâce aux données de Rystad Energy (une société d’analyse indépendante de l’industrie pétrolière et gazière) et de l’ONG Global Monitor Energy, les chercheurs ont repéré 425 projets d’exploitation de pétrole, de gaz et de charbon, dont l’extraction n’a pas commencé pour 40% d’entre eux, et qui à eux seuls vont potentiellement rejeter 1 182,3 gigatonnes de CO2. C’est plus que le double du budget d’émissions de carbone qu’il reste à la planète pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

Ce constat s’ajoute à celui déjà dressé par l’association Leave it in the Ground, qui préconise que 84% des réserves fossiles identifiées dans le monde restent enfouies pour le bien des générations futures.

Se développer, sans creuser ?

Si l’Afrique fait office de bon élève comparé à la Chine et ses 141 « bombes climatiques », de nombreux projets controversés, comme le pipeline chauffé EACOP en Ouganda (sur lequel travaille TotalEnergies) ou les récentes découvertes en Namibie n’ont pas été pris en compte dans l’étude et pourraient, à terme, aggraver la situation. Surtout, ces révélations mettent une fois de plus les gouvernements du continent face à un dilemme : comment se développer… sans creuser ou forer.

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Cette « injustice climatique » est souvent dénoncée, notamment par le chef de l’État sénégalais, Macky Sall, qui assure en ce moment la présidence tournante de l’Union africaine. Il a récemment plaidé pour que les pays africains, qui n’ont jusqu’ici que très peu profité de leurs immenses ressources et subissent de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique, se voient donner une sorte de passe-droit « extractif ».

De son côté, le Congo-Brazzaville se dit prêt à sanctuariser la partie de la forêt du bassin Congo qui lui appartient ainsi que ses tourbières (elles abriteraient des riches réserves d’hydrocarbures), mais pas sans contreparties financières…

Où se trouvent ces fameuses « bombes » ? Quelle attitude adoptent les pays du continent ? Décryptage en infographies.