Société

Algérie : vers un rebondissement dans le procès de Rafik Khalifa ?

À deux jours de l’ouverture du procès en cassation du fondateur du groupe Khalifa, l’avocat de l’ex-golden boy fait état de nouveaux éléments qui pourraient modifier le point de vue des juges. Entretien.

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Mis à jour le 3 juin 2022 à 16:44

Rafik Moumen Khalifa à Londres, en mai 2006. © V.S.D./SIPA

Le procès de la faillite frauduleuse de Khalifa Bank – et de son fondateur, le principal accusé – rouvre ce dimanche 5 juin, à Blida, après la réponse favorable de la Cour suprême au pourvoi en cassation du verdict prononcé en novembre 2020. Avec un élément nouveau qui pourrait donner au procès une nouvelle tournure par rapport aux trois précédents. Jugeant la conjoncture favorable, l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abdelwahab Keramane, a décidé il y a deux mois de rentrer en Algérie pour vider son mandat d’arrêt international à la Cour de Blida.

Condamné à vingt ans de réclusion criminelle par contumace, Abdelwahab Keramane a été finalement relaxé par le tribunal de Boufarik. L’instruction de 2007 accusait l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie d’avoir été partial dans la procédure d’agrément de la banque Khalifa. Depuis, les autorités judiciaires ont modifié leur appréciation des faits. D’où la relaxe d’Abdelwahab Keramane. Son frère Abdelnour, ancien ministre de l’Industrie, et sa fille Yasmine, ex-représentante de Khalifa Airways à Milan, en fuite à l’étranger jusqu’alors, comparaîtront également en appel le 5 juin devant la Cour de Blida.

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Les trois prévenus pourront ainsi donner de vive voix leur version des faits. Outre Abdelwahab et Abdenour Keramane, de nombreux hauts responsables et personnalités du monde politique, financier et médiatique ont été cités dans ce scandale qui a ébranlé le sommet de l’État… sans jamais être inquiétés. Quant au principal prévenu, Rafik Moumen Khalifa, il a été condamné à chaque fois à 18 ans de prison ferme et à la saisie de l’ensemble de ses biens dans le cadre de cette affaire.

Au début des années 2000, il n’avait pas encore 40 ans,  mais était déjà à la tête d’un empire financier. Son groupe était alors principalement constitué d’une banque, d’une compagnie aérienne, d’une entreprise de location de voiture et de deux chaînes de télévision. Il employait 20 000 salariés en Algérie et en Europe. En 2002, le vent a tourné pour le millionnaire à la réputation de flambeur autour duquel se pressait toute la nomenklatura algérienne. Les opérations de sa banque ont aussitôt été gelées.