Dossier

Cet article est issu du dossier «Fils de présidents»

Voir tout le sommaire
Justice

Fils de présidents : des portes du palais à celles du pénitencier

Karim Wade, le 15 mars, à la sortie d'une audience. © Seyllou/AFP

Ils étaient censés succéder à leurs pères... Mais ils les ont suivis dans leur chute. Et font aujourd'hui face à la justice.

La dernière prise de parole publique de Seif el-Islam Kadhafi date du 5 novembre 2013. Ce soir-là, la chaîne de télévision Al-Assema diffuse un entretien de moins d’une minute avec le deuxième fils de l’ancien dictateur. Celui qui fut présenté comme le successeur de son père aurait fomenté son évasion vers le Niger – un pays qui a accordé l’asile à son frère Saadi. Pour mettre un terme à ces fausses rumeurs, l’un de ses avocats, Mohamed Abou Semah, a négocié cet entretien avec la tribu de Zintan qui l’a arrêté en novembre 2011 dans le sud-ouest du pays et le détient depuis.

Éreinté, mal à l’aise dans son costume de prisonnier, dissimulant de sa main ses dents manquantes, Seif el-Islam conserve cependant son regard implacable et son ton sec. Il le sait sans doute : il est au coeur d’un imbroglio politico-judiciaire. D’un côté, les autorités libyennes tentent vaille que vaille de défier la justice internationale pour le faire comparaître à Tripoli. De l’autre, la Cour pénale internationale (CPI) fait pression pour que l’ex-dauphin, soupçonné de crimes contre l’humanité, lui soit remis. Au milieu, les milices de Zintan – où il a brièvement comparu, le 12 décembre, dans un procès pour atteinte à la sûreté de l’État, renvoyé au 27 février – refusent de le transférer vers la capitale, invoquant des "raisons de sécurité". En coulisses, au Caire, à Tunis, à Niamey, à Johannesburg, des fidèles de l’ancien régime oeuvrent pour le faire libérer. S’ils y parvenaient, Seif el-Islam Kadhafi tenterait sans nul doute de peser sur l’avenir politique du pays.

Le fils cadet de Moubarak détenu au sud du Caire depuis avril 2011

Un contexte bien différent de celui de l’Égypte, où un autre dauphin est entre les mains de la justice. Le fils cadet de l’ex-raïs Hosni Moubarak, Gamal, est détenu au sud du Caire depuis avril 2011, dans l’attente de son jugement pour plusieurs affaires financières. Âgé de 50 ans, l’ancien banquier est accusé, avec son frère aîné, Alaa, de délits d’initié, d’enrichissement illicite et de détournement de fonds destinés à l’entretien des palais présidentiels. Avec l’ancien Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle Ahmed Shafiq, les deux fils Moubarak viennent par ailleurs d’être acquittés dans une affaire de vente de terrains appartenant à l’aéroport international du Caire.

Des déboires judiciaires interrompant un itinéraire qui semblait tout tracé… La situation a des échos au sud du Sahara, où un autre père rêvait pour son fils d’un destin présidentiel. C’est du moins ce dont les Sénégalais avaient fini par se convaincre en constatant l’ascension de Karim Wade, ancien banquier d’affaires devenu conseiller présidentiel à l’aube du premier mandat d’Abdoulaye Wade avant de cumuler divers portefeuilles ministériels au crépuscule de son règne. Depuis la mi-avril, inculpé d’enrichissement illicite (son patrimoine est évalué par le procureur à plus de 1 milliard d’euros), le fils du président sortant est incarcéré à la prison de Rebeuss, à Dakar. Il risque jusqu’à dix ans d’emprisonnement.


Seif el-Islam Kadhafi comparaissant devant le tribunal de Zintan,
le 2 mai 2013, pour avoir tenté de communiquer illégalement avec
l’extérieur en juin 2012. © AFP

Karim Wade, "détenu politique" autoproclamé

A-t-il encore un avenir en politique ? Au lendemain de la défaite de son père, en mars 2012, il envisageait plutôt de mettre son copieux carnet d’adresses au service de puissants fonds d’investissement. Si sa chute météorique a entravé ce projet, elle semble, paradoxalement, lui avoir redonné le goût des intrigues sénégalaises. Fort de son statut de "détenu politique" – autoproclamé -, Karim Wade laisse désormais ses proches affirmer leur certitude qu’il est le candidat tout désigné du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) pour la présidentielle de 2017, face à Macky Sall.

Une perspective néanmoins soumise aux aléas de son destin judiciaire. Et qui pourrait se heurter à la réticence des cadres du PDS – "S’il succède à son père à la tête du parti, celui-ci risque d’imploser", lâche l’un d’eux -, même si, officiellement, le comité directeur a jusque-là serré les rangs autour du "frère Karim". Le scénario d’une candidature relèverait donc davantage d’un coup de bluff à l’endroit de Macky Sall et de sa Première ministre, Aminata Touré, que d’une aspiration profonde. En privé, Karim Wade laisse d’ailleurs entendre, ombrageux, que dans l’éventualité de son "retour aux affaires", les artisans de sa mise au ban auraient du souci à se faire.

>> Retour au sommaire

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte