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Algérie : Saïd Bouteflika joue la transparence sur son patrimoine

L’ancien conseiller spécial à la présidence est soupçonné par la justice d’avoir amassé une véritable fortune au cours des vingt années de règne de son frère. Convoqué au tribunal dans le cadre d’une autre affaire, il a saisi l’occasion pour expliquer n’avoir « rien à cacher ».

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Mis à jour le 31 mai 2022 à 09:56

Saïd Bouteflika (à g.), conseiller et frère du président algérien, et Ali Haddad, président du patronat algérien « FCE », lors des obsèques de l’ancien premier ministre « Reda Malek » le 30 juillet 2017, à Alger, Algérie. © Nacerdine ZEBAR.

Plus de deux ans après la chute de son président de frère, en avril 2019, la fortune et le patrimoine de Saïd Bouteflika continuent d’alimenter rumeurs, spéculations et fantasmes. Devant le tribunal d’Alger, où il est jugé ce 30 mai dans le cadre de l’affaire à l’acquisition d’équipements par l’homme d’affaires Ali Haddad pour le lancement d’une chaîne de télévision destinée à la promotion du cinquième mandat, l’intéressé nie être à la tête de la fortune colossale que certains lui prêtent. Il jure que ses biens immobiliers, ainsi que son patrimoine financier, ont été légalement acquis, et défie la justice d’apporter les preuves du contraire.

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Plusieurs appartements et 100 000 euros sur des comptes

L’ancien conseiller spécial à la présidence révèle ainsi être propriétaire d’un appartement F5 de 249 m2 dans le quartier de Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Alger. Ce bien a été acquis en 2012 dans le cadre d’une promotion immobilière. Saïd Bouteflika possède également un appartement dans le centre d’Alger, dont il a hérité le 26 juillet 2010 à la suite du décès de son frère Mustapha, qui exerçait comme médecin. Il possède également un appartement à El Biar qu’il a acquis en 1985 dans le cadre de la cession de biens vacants.

Interrogé par le juge sur d’autres propriétés, notamment une concession automobile, l’ex-conseiller affirme posséder un bien foncier sur les hauteurs de la capitale qu’il a hérité de sa mère, Mansouriah Ghezlaoui, décédée en juillet 2009. Celle-ci lui a également légué une autre parcelle de terrain, toujours sur les hauteurs d’Alger, un autre appartement ainsi que divers biens fonciers dans la ville de Tlemcen, dont la famille Bouteflika est originaire.

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Saïd Bouteflika détaille aussi ses avoirs bancaires, qui sont estimés à 10 millions de dinars (environ 64 000 euros) et 36 000 euros. Au magistrat qui lui demande des explications sur l’origine de ces fonds, il explique les avoir gagnés légalement comme universitaire et conseiller à la présidence. Diplômé en informatique, Saïd Bouteflika a exercé pendant onze ans en tant qu’enseignant à l’université d’Alger. Dès l’accession au pouvoir de son frère, en 1999, il a été nommé conseiller spécial à la présidence, et ce, jusqu’à son arrestation en mai 2019. À ce poste, il touchait un salaire mensuel de 300 000 dinars. Les 36 000 représentent ses frais de missions en tant que conseiller.

52 commissions rogatoires

Interrogé par le juge sur les trois garages pour véhicules qu’il est soupçonné de posséder, Saïd Bouteflika nie, affirmant conduire lui-même sa propre voiture. « Si vous avez des preuves, présentez-les, a-t-il rétorqué au juge. C’est tout ce que possède Saïd Bouteflika, que l’on présente comme un empereur. Je n’ai rien à cacher. » Celui qui s’était élevé au niveau d’un vice-président révèle que lui et son épouse ont fait l’objet de 52 commissions rogatoires de la justice algérienne, sans que celles-ci ne puissent trouver des preuves d’irrégularités ou d’une fortune cachée.

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Acquitté par la justice militaire en janvier 2021 des accusations de complot contre l’État et contre l’armée, Saïd Bouteflika est incarcéré à la prison d’El Harrach en attente de jugement dans d’autres affaires pour lesquelles il est poursuivi. Le 24 mai, la cour d’appel criminelle d’Alger a prononcé son acquittement alors qu’il était accusé d’« abus de fonction » et d’« interférence dans le travail de la justice » dans le cadre des poursuites contre l’ancien ministre de l’Énergie, Chakib Khelil, aujourd’hui en fuite aux États-Unis.