Société

Tourisme : le Maroc rouvre ses frontières et revoit sa stratégie

Le 17 mai, le Maroc mettait fin au test PCR obligatoire pour entrer sur son territoire. Un appel d’air salvateur pour le monde du tourisme, qui cherche à se réinventer après deux ans de pandémie. 

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Mis à jour le 1 juin 2022 à 10:24

Kitesurf sur une plage de Dakhla, une zone particulièrement venteuse, dans le sud du royaume. © Vincent Fournier/JA

Depuis son agence de Ouarzazate, Chérif, conducteur de 4X4 pour un tour-opérateur marocain, ne cache pas son enthousiasme. « Avant, on avait beaucoup d’annulations de dernière minute à cause du PCR. Aujourd’hui, ils reviennent tous », lance-t-il, la voix enjouée. On est très contents de cette levée de l’obligation du PCR. Beaucoup de clients nous ont rappelés pour réserver depuis cette annonce. »

Le 17 mai en effet, le Maroc mettait fin au test PCR obligatoire pour entrer sur son territoire et rouvrait ses frontières terrestres avec les enclaves espagnoles. Des mesures très attendues, accueillies comme un appel d’air salvateur par le secteur du tourisme. Après la reprise du mois de mars 2022 avec un bond de 80 % des recettes touristiques, le dernier verrou a sauté avec la fin du test PCR. Un petit pas pour les touristes, un grand pas pour ceux qui les accueillent.

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Loin d’être un fait isolé, cette levée fait figure de clé de voûte d’une stratégie bien plus large mise en place par le Maroc pour renouer avec le niveau touristique d’avant la crise. Un mois auparavant, les autorités lançaient la campagne « Maroc, Terre de lumière » dans vingt pays cibles. Une opération de promotion soignée, tant sur le plan de l’image que sur celui de la diffusion, visant à relancer la machine après deux ans de pandémie. « Tout ça, c’est un dispositif global, offensif pour saisir toutes les opportunités qu’offre cette reprise », commente Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme (CNT).

Un nouveau tourisme « intelligent »

« Le travail a été fait sur les volets sanitaire et aérien, la campagne de communication a été lancée. En ce moment, on fait une tournée de promotion… », ajoute-t-il, en évoquant le voyage d’une délégation à Paris, Londres et New York pour promouvoir la « destination Maroc ». Des cibles loin d’être anecdotiques, entre un marché anglo-saxon à conquérir et une France première pourvoyeuse touristique du pays, avec plus de 1 million de visiteurs par an avant la pandémie. La campagne vise aussi les pays d’Afrique et Israël, avec qui le royaume entreprend de tisser des liens de plus en plus forts, y compris sur le plan touristique.

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Mais si le Maroc garde un œil rivé sur sa clientèle internationale, la stratégie n’en a pas moins évolué. Fini le temps où Marrakech concentrait tous les flux et où les attraits du pays se limitaient au soleil et au ciel bleu. « Nous n’avons plus ce touriste qui vient uniquement pour la bronzette et la plage », explique Salah Chakor, président fondateur de l’Association marocaine des experts et scientifiques du tourisme (Amest). « Aujourd’hui, nous avons un touriste intelligent, et il faut suivre ses orientations. »

Pour l’expert en gestion hôtelière, la figure du « touriste intelligent » se démarque par son approche, loin du cliché cocktail et crème solaire. « Il veut découvrir une culture différente de la sienne. Ce n’est plus seulement passer des nuits dans un hôtel et faire des excursions », observe-t-il.

Diversifier l’offre, développer le marché national

Un constat qui pousse les responsables du secteur à mettre en avant le patrimoine et les différentes régions du pays. Depuis la reprise post-crise sanitaire, un leitmotiv guide le tourisme marocain : ouvrir le champ des possibilités. « Il faut diversifier l’offre pour répondre aux nouvelles tendances comme l’envie de nature, de dépaysement, de grands espaces, analyse Hamid Bentahar. C’est l’un de nos axes de travail. »

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Une nouvelle orientation qui touche aussi le marché national, qui a compensé l’absence des touristes internationaux pendant les deux ans de restrictions, devenant le nouveau poids lourd du secteur. « Développer le tourisme interne, c’est ce qui permet d’être résilient dans les crises », assure le président du CNT. En 2020, les Marocains représentaient 57 % des touristes, contre 39 % en 2019.

Un changement bienvenu, et le socle d’un avenir économique stable aux yeux de Salah Chakor. Pour le président de l’AMEST, les enseignements de la pandémie doivent aujourd’hui devenir une constante. « Avant la crise du Covid-19, les hôteliers n’avaient pas accordé d’importance au tourisme national. Mais ils avaient tort ! », lance-t-il. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, ils doivent changer d’orientation, ne pas considérer le tourisme marocain comme une roue de secours, mais comme quelque chose de permanent. »

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Reste le défi d’ouvrir le tourisme à toutes les bourses. Car si les gîtes, campings et autres hébergements plus accessibles se multiplient, l’accès à certaines destinations reculées continue d’être un luxe pour beaucoup de Marocains. « Il faut créer une offre accessible à la classe moyenne. Pour le Marocain lambda, prendre un vol vers Dakhla [à 1600 km au sud de Casablanca, NDLR], c’est toujours coûteux », explique Nour Eddine Nachouane, enseignant-chercheur en tourisme et patrimoine à l’université Mohammed-V de Rabat. Un problème pécuniaire conjugué à l’état d’esprit d’une industrie peu habituée à s’occuper de clients nationaux. « La plupart des employés du secteur touristique n’ont pas encore assimilé l’importance de la demande interne », déplore Nour Eddine Nachouane.

Kitesurf à Dakhla

Mais le vent tourne, et les destinations reculées s’ouvrent progressivement aux Marocains. En témoigne le lancement d’une nouvelle compagnie aérienne, Dlimi Airlines, à la fin de l’été 2022. Elle sera basée à Dakhla, une ville du Sahara occidental, dont son PDG, Hamza Dlimi, est originaire. Mais la ville est surtout connue pour ses « 300 jours de vent par an » et ses amateurs de kitesurf, sources de revenus touristiques.

Ces nouveaux trajets « vont permettre à tous les Marocains de découvrir des endroits un peu reculés, assure Nour Eddine Nachouane. Dakhla est devenue une ville touristique par excellence ! » D’après la ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, le nombre de nuitées dans les hôtels classés de la ville a doublé entre septembre 2020 et septembre 2021. Et ce, malgré la pandémie de Covid-19.